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Correction du sujet "Le langage ne sert-il qu'à communiquer ? (BAC L 2005)". Corrigés du BAC 2006 avec MaPhilo.net INTRODUCTION : Si nous demandions à la plupart de nos proches à quoi sert le langage, nul doute que la réponse serait « à communiquer » ! Dans le monde médiatique dans lequel nous vivons il est entendu que le langage, est avant tout voué à la communication. Ce mot magique de communication est constamment répété : nous vivons à l’heure des nouvelles technologies de communication. De là à considérer le langage comme un moyen parmi d’autres de communiquer, il n’y a qu’un pas. La communication est-elle vraiment la vocation la plus élevée du langage ? Le langage empirique dont se sert la communication n’est il pas le langage le plus usé, le plus commun dont il faudrait justement relever le langage en lui redonnant une valeur ? Mais le langage ne sert-il qu'à communiquer ? DEVELOPPEMENT POSSIBLE : I. Un langage pour communiquer En quel sens le langage est il un outil de communication ? Il est exact qu’à partir du moment où existe un état social, il faut bien qu’il y ait un moyen de mise en relation des individus entre eux, onc un moyen de communication. Les animaux eux-mêmes disposent d’un système de signaux qui répond au besoin de faire circuler de l’information, au minimum dans le but du partage des tâches. Langage et société vont ensemble. Le dire est énoncé une banalité. Mais le langage humain n’est pas fondé sur la nature du signal. Il n’est seulement fait pour déclencher des conduites. Il est un instrument d’information mais pas dans un sens conditionnel, mais dans un sens plus intelligent, car son objet c’est la signification grâce à l’usage de signes et non la manipulation des signaux. Il nous est nécessaire non seulement de nous exprimer, ce que nous faisons de toute manière avec notre démarche, nos gestes etc., mais surtout de communiquer et nous communiquons avec autrui au niveau du sens. Qui dit communication dit : 1) mise en commun, relation qui s’établit, cela veut dire aussi 2) terrain commun où l’on se retrouve à plusieurs, mais aussi 3) ce qui est commun au sens d’ordinaire, du lieu commun, de banal. La communication, dans le sens humain de langage, (non au sens physique des vases communicants), est la mise en commun du sens entre plusieurs sujets, de telle manière que s’effectue entre eux un partage du sens sous la condition réalisée d’une compréhension mutuelle dont la réciprocité ne fait jamais défaut. Communiquer est bien plus qu’informer. S’informer veut dire acquérir un savoir, l’information est reçue et elle est plus ou moins bien comprise et assimilée. La communication suppose non seulement le fait de transmettre une information, mais encore de l’avoir si bien intégré, que nous devenons capable de la commenter, de la discuter et de retourner à un interlocuteur un avis intelligent. La communication donne lieu à un échange vivant de point de vues. Elle suppose implicitement le dialogue, mais elle n’est pas seulement le dialogue qui ne se construirait qu’à deux ; le mot communiquer appelle un pluriel qui peut s’étendre au delà de deux, à trois, dix ou cent. Si nous pouvons dialoguer à deux, on communique à plusieurs. Tant que la communication est là, chacun tire de l’échange un enrichissement intellectuel, puisqu’il peut accéder à un point de vue différent du sien, susceptible de l’étendre et de le compléter. Non seulement cela, mais la communication n’est pas seulement un processus intellectuel. Elle est aussi et avant tout une relation affective. La communication suppose une unité. En communicant, nous ne faisons pas que partager des idées, nous partageons aussi des émotions et des sentiments, nous partageons une commune présence. Communiquer, c’est être ensemble, être unis. L’enrichissement que l’on tire de la communication n’est pas seulement fait pour l’intellect, il nourrit aussi le cœur. Il réalise le sentiment précieux de pouvoir être ensemble, et pas seulement d’être avec des « autres ». Le but de la communication c’est aussi la chaleur d’une relation humaine. Derrière le besoin de communiquer, il y a le besoin de la relation. Dans les termes de Rousseau, si dans l’état de nature, nous aurions pu, en animal avantageusement organisé, nous contenter des signaux naturel, dans l’état social, il nous fallait un langage. Il nous fallait un moyen pour dialoguer avec notre semblable. « Sitôt qu’un homme fut reconnu par un autre pour un être sentant et semblable à lui, le désir ou le besoin de lui communiquer ses sentiments et ses pensées lui en fit chercher les moyens[1] ». Mon semblable, c’est celui auquel je puis m’identifier par la pitié, la compassion, et c’est aussi celui que je peux envier aimer et haïr. C’est ce qui fait que Rousseau considère que le langage a d’abord été au service des passions. Par conséquent, ce sont des besoins moraux et qui sont portés dans la communication à travers le langage. Le langage est de toute nécessité à la fois pour s’opposer, s’entre déchirer ou se réunir. Cependant, la question est difficile. Nous avons vu que l’expression déborde la communication. Quel rôle exact joue le langage dans la communication ? Il assume le rôle d’un médiateur de la relation d’un esprit qui pense à un autre esprit qui écoute, comprend et répond. Ce médiateur, c’est la langue commune qui le fournit. Le langage n’est pas le seul foyer d’expression de la subjectivité, puisque celle-ci rayonne déjà dans la présence corporelle, mais le langage devient indispensable dès l’instant où c’est la pensée que veut se communiquer dans des idées. Un regard, un geste ne suffit pas à préciser une pensée, il y faut un langage capable de précision, de rigueur, et c’est là que doit intervenir la parole et l’échange des paroles. Une pensée ne peut dialoguer en toute clarté avec une autre pensée qu’au moyen d’un langage qui leur est commun. Or la langue est là par avance disponible pour assumer cette condition et rendre possible la communication des pensées. La communication qui use du langage comme d’un médiateur peut pourtant ne pas réellement aboutir, abuser du langage et oublier sa valeur. Est-ce la faut du langage si les hommes ne parviennent pas à communiquer ? Est-ce au langage que l’on doit la communication ? La communication peut se convertir en simple information. L’enseignement à l’heure actuelle est d’abord informationnel. Il effectue une transmission de savoir. Il y a très peu de retour de l’élève, de l’étudiant, vers le professeur. L’enseignement reste axé sur une didactique d’information. Croire que les moyens extrascolaire de communication seraient meilleurs est une illusion. Le glissement de la communication vers l’information est inscrit par exemple dans la structure de la radio et de la télévision. L’auditeur et le téléspectateur sont par avance placés dans une situation de passivité qu’il faut surmonter pour autoriser un retour qui engendrerait la communication effective. Les masse média sont de prime abord informatives. Ce n’est que par une mise en commun consciente, intentionnelle, qu’elles peuvent faciliter la communication. La communication peut aussi très souvent dégénérer en polémique. Il suffit que soit perdu de vue l’enjeu de la vérité, que l’accent d’une discussion soit détourné vers la personne et la communication devient une dispute, une altercation où le langage n’a plus pour fonction que de donner de quoi propulser des injures. La violence la plus élémentaire est d’abord une violence verbale. Il suffit que la condition du respect de l’autre, de l’égalité de prise de parole n’intervienne plus pour que la communication cesse. Le langage fournit à la violence ses premières armes, il est l’instrument le plus adéquat pour diviser, opposer, rejeter, semer le doute et l’incompréhension. La communication peut aussi subir l’effet de nivellement propre à ce qui est mis en commun. La communication tout azimut tend à simplifier les complexités, à vulgariser à outrance, à aplanir ce que le dialogue de fond serait capable de souligner. C’est d’ailleurs un reproche souvent adressé aux moyens modernes de communication que de ramener trop souvent l’essentiel à de la banalité ou de l’élémentaire. Michel Henry disait que les média corrompent tout ce qu’ils touchent. Ce qui est grand, beau, élevé, du seul fait d’être mis sur une scène de télévision, peut très sombrer dans le banal, l’insignifiant. A ce titre, peut-on prétendre que les nouveau moyens d’information nous font beaucoup progresser ? Il est agréable de penser qu’avec des moyens nouveaux de communication plus puissants, les hommes communiqueront davantage. Mais de nouveaux moyens de communication ne changent pas l’essence de la communication ni ce qui est communiqué. Le média seul change. On peut dire des banalités et des sottises dans la conversation courante autant que sur Internet. Une communication par groupe de discussion ou par E-mail n’est pas davantage communication qu’une conversation entre amis. L’éloignement des personnes, la négation de la présence charnelle ne favorise pas la communication. Le langage reste là. Il continue d’être un médiateur essentiel, et un médiateur ambivalent. Ce qui a été modifié avec l’apparition des nouveaux média, c’est la multiplication exponentielle des mises en relation. C’est un peu comme si la conscience collective se tissait de relations de plus en plus étroites, alors qu’auparavant la communication était surtout intra culturelle. Or le risque dont souffre la communication, c’est d’être victime de l’équivocité du langage, de mettre en relation des personnes, mais qui ne mettent pas dans les mots le même contenu, ce qui entretient une mécompréhension mutuelle. La communication, si elle n’est pas fondée sur une intelligence claire, une vraie culture et une sincérité mutuelle peut engendrer une confusion. La rencontre des esprits qui fait la beauté de la communication est une rencontre au niveau du sens partagé, ce qui veut dire plus que seulement brasser beaucoup de mots. II. Un langage pour dominer L’idée que le langage est un instrument en appelle une autre, qu’il sert à manipuler son objet en vue d’une fin quelconque. Effectivement. Le langage peut être utilisé comme moyen de pression, de domination et même de manipulation. Dès que nous posons une fin à réaliser par le langage : vendre un produit, ramener à soi les suffrage de l’opinion publique, assurer devant autrui le bien-fondé d’une croyance, d’un choix etc. nous posons que le langage doit être un moyen efficace de persuasion. On appelle rhétorique l’art de bien parler en vue d’obtenir par la parole les fins que l’on poursuit. Le rhéteur est celui qui sait déployer toutes les ressources du langage pour tenter de plier la volonté de celui à qui il s’adresse pour obtenir de lui ce que l’on désire. Ce qui résulte de la seule magie du discours ne créée qu’une persuasion et pas de vraies convictions. On ne retient rien de précis d’un discours très rhétorique, on n’y rencontre pas vraiment la conviction de raisons solidement enchaînées, mais seulement des opinions. Inversement, pour être convaincu de la justesse d’un point de vue, nous n’avons pas besoin de beaucoup de mots, mais d’une parole claire, véridique, munie de raisons. Gorgias, face à Socrate, est intarissable, il est l’homme de l’éloquence, l’homme d’esprit qui brille en société. Il est brillant et il sait de quel pouvoir il dispose à travers la rhétorique. Platon nous présente au contraire un Socrate volontairement maladroit, mais incisif dans son questionnement. Socrate ne fait pas beaucoup de longs discours mais assène question après question. Il y a là deux manières de se rapporter au langage, celle du « beau parleur », du sophiste, qui cultive l’art de parler, et celle du philosophe qui cultive l’art de penser. L’enjeu entre l’une et l’autre consiste essentiellement dans l’alternative entre se servir de la parole comme d’un outil de manipulation d’autrui ou bien laisser la parole à elle-même comme d’une voie d’accès à la vérité. Comprendre la parole comme voie d’accès à la vérité rend nécessairement économe de ses mots. La prudence devant le langage rend la pensée plus économe pour éviter l’erreur. User de la parole pour séduire, persuader ou se faire obéir, c’est en négliger l’humilité devant la vérité et préférer l’arrogance du pouvoir sur autrui que le langage rend possible. Le bien parler est donc non seulement ambigu, mais aussi parfois trompeur. Les tournures savantes, les figures de style, les jeux de mots, tout cela fait sont effet, mais l’effet est faux-semblant, il permet aussi de malmener la langue pour lui faire dire ce que l’on veut bien lui faire dire. L’effet permet de séduire, tout en sauvegardant l’apparence, y compris l’apparence d’une pensée rigoureuse ! Il est donc possible que des discours brillants, ponctués généreusement de « donc » et de « par conséquent » contiennent bien des sophismes que nous ne pouvons pas bien déceler, englouti que nous sommes dans le torrent des mots. Il faudrait éplucher patiemment la méthode des conseillers en communication, le jeu de la publicité, les commentaires journalistiques, tout cela pour mieux comprendre les ressort du « bien parler » dans le monde postmoderne. Comment y voir clair dans cet océan des mots dans lequel nous sommes jetés ? Ne sommes-nous pas parfois abusé par des sophismes, des discours habiles mais trompeurs ? Nul doute qu’existe une rhétorique médiatique qui se sert du choc des images pour dispenser l’auditeur de penser. Comme le dit Edgar Morin, nous vivons dans un monde de surinformation qui nous fait entrer dans un nuage d’inconnaissance. Il existe une rhétorique politique instrument de l’exercice du pouvoir, par laquelle le politique apprendra à imposer ses vues, à les faire triompher dans l’arène des débats publics. La rhétorique politique s’adresse au citoyen ou à l’assemblée des citoyens. Dans la formation que dispense les instituts d’études politiques, la rhétorique intervient pour jouer une rôle essentiel. Le politique doit pouvoir parler de tout et tenir un discours même ce sur quoi il n’a pas de compétence particulière. Il existe une rhétorique commerciale qui sera l’art et la manière de s’adresser au consommateur pour le persuader d’acheter ce qu’on lui propose. Le marketing est la méthode pour obtenir cette fin, méthode qui fait un usage très important de la rhétorique. Cela va du bonimenteur de marché qui vante ses ouvre-boîtes à la publicité télévisuelle. Il y a une maxime importante dans le marketing : « un bon vendeur vendrait n’importe quoi » ! Son habileté rhétorique le rend capable de vendre aussi bien des encyclopédies, des voitures, de la lessive, des soutien-gorge que... des bombes ou de la drogue ! Ce qui fait sa compétence propre, c’est son art de parler, ce n’est pas ce dont il parle. Il existe une rhétorique religieuse, celle des sermons enflammés du prêtre en chaire, du prédicateur religieux qui exhorte le croyant. Aux USA ce sont même de show religieux qui sont montés autour des prédicateurs. Le charisme de certains religieux leur confère une autorité certaine, mais cette autorité se traduit d’abord par une parole puissante et persuasive. En clair, il y un jeu rhétorique du mental quand l'ego veut exerce sa puissance de manipulation sur l'autre et c'est ce qui fait il y a une rhétorique passionnelle, une éloquence de l’idéaliste enthousiaste. Celui qui sait « bien parler » c’est celui qui sait « bien s’exprimer » dans la parole c’est aussi le « beau parleur » dans un sens très particulier. Le « beau parleur » est celui qui habile et il sait subjuguer et tenir en haleine ceux qui l’écoute, il sait aussi jouer la comédie et éblouir par son numéro d’acteur. Le beau parleur possède une bonne maîtrise de la rhétorique, c’est une orateur conscient de son pouvoir et même du charme qu’il peut exercer par la parole. De son habileté il tire un pouvoir. Bien parler veut donc dire plusieurs choses : c’est bien s’exprimer, mais aussi savoir persuader habilement, savoir convaincre, savoir séduire par le discours, et par là savoir diriger autrui. Savoir bien parler donne en général un pouvoir sur autrui ou donne le pouvoir. La valeur d’outil de domination du langage ne doit donc pas être sous-estimée. Elle correspond à un fait qui est celui de l’exercice du pouvoir. Partout où est en jeu une autorité s’exerçant sur des hommes, il y a un usage de la parole comme puissance directrice : pour persuader, pour ordonner, dicter, commander. Là entre en jeu l’emploi de la rhétorique du pouvoir. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il faille se méfier de tout discours pour peu qu’il soit élégant. La vérité n’exclut pas la beauté de l’expression et même le recours aux métaphores poétique. Ce qui compte, ce sont les motivations de celui qui parle. III. Un langage pour penser Il ne faut pas confondre le langage dans son essence et son usage instrumental, soit comme outil de communication, ou comme instrument de domination. Le langage n’est pas un instrument au sens où la pioche est un instrument pour creuser un trou. Quand on parle d’instrument, on oppose l’homme et la Nature. La pioche, le flèche, la le marteau sont des instrument parce qu’il intervient dans une fabrication. Or le langage n’est pas un outil pour fabriquer une chose et ne se situe pas dans une opposition à la nature. Il est dans la nature de l’homme qui ne l’a pas fabriqué, au lieu d’être un instrument de communication, il est le lieu de l’exercice de la pensée de l’homme. C’est ce que nous devons appeler la vocation logique du langage. Prenons garde donc à ce qui est implicite dans l’acception courante de la valeur du langage comme un instrument. Dire que le langage est un instrument implique qu’entre le langage et le sujet, il y a une distance telle que le sujet peut se saisir du langage comme d’un outil parmi d’autre. Mais qu’est-ce que c’est que cette pensée en dehors du langage ? Ne vivons nous pas notre rapport au langage sur un mode différent ? Nous vivons spontanément dans le langage, comme le poisson vit dans l’eau et cela depuis l’aube de notre culture. Nous ne pouvons pas nous distinguer en tant que sujet du langage qui ne serait qu’un instrument. Voir dans le langage un instrument voudrait dire que la pensée pourrait exister sans ce « moyen » d’expression qu’est le langage. Ce n’est pas absurde, mais cela demanderait une élucidation précise. Enfin, que le langage soit un instrument voudrait dire qu’il est un moyen et non une fin, au sens où l’expression pourrait s’achever en lui, sans qu’il soit nécessaire d’aller au-delà. Ce n’est pas non plus évident. Ces présupposés sont-il pertinents ? Et si le langage n’était pas seulement un instrument ? En un sens, à la rigueur, si le langage peut être dit servir-à quelque chose, c’est qu’il sert à penser. Le verbe penser désigne alors l'acte de la pensée se moulant dans les mots, la pensée raisonnant dans le langage, pour se trouver et se dire. Dans ce cas, ce n’est plus la pensée au sens des modes de conscience qui me traverse l’esprit, non pas "une" pensée en général, mais la Pensée au sens de la réflexion, privilège de l'homme comme être pensant. Dire que le langage sert à penser, c’est dire que sa vocation s’accomplit comme expression de la raison raisonnante. La pensée rationnelle suppose une forme de verbalisation, même quand elle est un dialogue de l'âme avec elle-même. La pensée suppose la logique et la logique ramène au logos. En ce sens, c’est la philosophie qui rendrait le plus justice au langage dans sa vocation la plus élevée. Si le bruit des pensées, au sens de la conscience immédiate, n'est pas encore la Pensée vraie, c’est que nous devons porter à l’acte de penser une attention toute particulière. On pourrait presque dire que le philosophe le fait par métier. L’intellectuel le fait par engagement. Le scientifique par rigueur et méthode. L’érudit par le soin et la mémoire. Dire que le langage est fait pour penser, c’est dire que la raison peut construire avec le langage, peut connaître avec le langage, peut créer avec le langage. Cela demande un travail spécifique. Le langage vient accomplir la pensée quand celle-ci y effectue une prise de conscience de soi, quand la pensée devient intelligente au contact des mots et que son seul objet n’est plus que l’action mais la vérité. Que faisons nous dans notre introduction à la philosophie sinon cela ? nous apprenons à conduire notre pensée de manière logique et cohérente. Le langage a pour vocation la connaissance, que celle-ci prenne la forme systématique d’une science, ou bien qu’elle prenne la forme plus souple du développement d’une philosophie. Mais dans ces deux cas, le langage prend alors une forme rationnelle et se structure sous la forme du concept. Tant que la pensée ne s’est pas formulée elle-même dans le concept, elle n’a pas encore structurée ce qui en elle mérite le non d’une connaissance transmissible. Le langage n’est pas la connaissance, mais le mental pour exprimer la connaissance a besoin du langage. Il y a dans le voir de l’intelligence un pouvoir qui ne se réduit pas au brassage des mots. Cependant, le langage permet l’expression de la pensée en lui donnant une forme qui d’emblée se porte vers l’universel. Raisonner avec des mots, c’est déjà être invité à sortir de la bulle de son intimité. Entrer dans le langage par la porte de la pensée, c’est être invité au delà des limites de la pensée personnelle. CONCLUSION : Le langage n’a-t-il de vocation qu’utilitaire? La valeur du langage tient-elle au souci d’efficacité de la communication? Ce n'est pas parce que le langage commence dans la communication, que sa vocation la plus haute doit pour autant s'achever dans le fait d'être un outil de communication. Le langage n’a pas essentiellement pour vocation de « servir ». Il est davantage qu’un moyen d’expression, de communication ou de domination. Le souci mercantile que nous mettons à ne considérer que la valeur de communication dans le langage est le signe d'un investissement pauvre de la Parole. Mais ce regard est tout à fait cohérent avec notre ère c’est ce qui permet le babillage gai, l'humour, le bavardage et la dérision des média. La Parole qui n'a plus rien à dire de profond et d'essentiel se replie dans les jeux de mots. Mais ces mots sont eux-mêmes révélateurs et pas un seul instant ils n’ont été de simple outils dont on peut faire tout et n’importe quoi. • RÉFÉRENCES UTILES : Bergson : la pensée et le mouvant, PUF, Quadrige, 1990, p. 55-58 Austin, "performatif et constatatif" in la philosophie analytique, Ed. de Minuit, 1969, pp. 271-273. Ducrot, Dire et ne pas dire. Principes de sémantique linguistique, Hermann, 1991, pp. 5-6.