Identité / Egalité / Différence - Fiche repère de philosophie

Identité / Égalité / Différence

 

D’après le dictionnaire Trésor de la langue française informatisé (TLFI)

 

            L’identité désigne : a) le caractère de deux ou plusieurs êtres identiques (identité qualitative, spécifique, abstraite), b) le caractère de ce qui, sous des aspects et dénominations divers, ne fait qu’un ou ne représente qu’une seule et même réalité (identité numérique, concrète), c) caractère de ce qui demeure identique ou égal à soi-même à travers le temps (identité personnelle). Une différence est un caractère qui, dans une comparaison, un ordre, distingue un être ou une chose d’un autre être, d’une autre chose. Enfin, l’égalité désigne a) le fait de ne pas présenter de différence quantitative (ex : égalité des salaires), b) le fait de ne pas présenter de différence de qualité, de valeur (ex : égalité des chances).

           

Sens philosophique

 

            La distinction de l’identité spécifique (sens a)) et de l’identité numérique (sens b)) a été établie par Aristote. L’identité numérique est une identité absolue : l’étoile du matin est identique à l’étoile du soir (toutes deux désignent Vénus). Dire que deux choses sont identiques en ce sens, c’est en réalité dire que c'est une seule et même chose. L’identité spécifique met au contraire en relation des choses qui elles aussi présentent toutes les mêmes qualités mais sont distinctes dans le temps ou dans l’espace. Pour Leibniz, toute identité spécifique se ramène à une identité numérique. En effet, il défend le principe des indiscernables selon lequel il n’y a jamais deux individus parfaitement semblables. Enfin, on ne peut noter que l’identité personnelle (sens c)) est un type d’identité numérique. Concernant la différence, il faut noter qu’une telle relation ne s’établit qu’entre des choses qui ont par ailleurs des propriétés en commun. Aristote distingue les choses numériquement différentes, choses qui ne diffèrent non par leurs propriétés mais par le simple fait d’être plusieurs, et les choses spécifiquement différentes, choses qui diffèrent par leur essence ou leur définition. Pour Leibniz, en raison à nouveau du principe des indiscernables, tout différence numérique est nécessairement aussi une différence spécifique. Le mot différence peut également désigner, non plus une relation, mais le caractère « différenciant » (ex : la raison est la différence qui distingue l’homme des autres animaux). Enfin, en mathématiques et en logique, l'égalité s’identifie à l’identité numérique (sens b)). L’égalité sociale a quant à elle un sens tout à fait différent puisqu’elle désigne l’exigence de traiter identiquement des individus malgré leurs différences. Mais une telle égalité peut à son tour conduire à des injustices, justement en tant qu’elle ignore toutes les différences, et donc aussi les différences de besoins, de capacités, etc. L’idée d’équité a pu ainsi pallier ces difficultés.

           

Développement d’un exemple

 

            Il y a identité numérique entre « Aristote » et le « Précepteur d’Alexandre », puisqu’ils désignent tous deux le même individu (et ce indépendamment du fait que nous le sachions ou non). Il y a identité qualitative entre plusieurs exemplaires d’un même livre (ils ont le même contenu, la même couleur, la même taille, etc.). Il y a différence numérique entre Socrate et Platon qui (du moins chez Aristote) ne diffère pas par leur essence (ce sont tous deux des « animaux rationnels) mais seulement par leurs accidents (bien que certains accidents soient indissociables de l’individu, la sagesse de Socrate par exemple). Il y a différence spécifique entre un homme et un animal (l’un possède la raison, l’autre non). Il y a égalité entre les formules « (a + b) * 2 » et « a * 2 + b * 2 ».

           

Pour aller plus loin

 

             Plusieurs philosophes, notamment français, de la deuxième moitié du 20ème  siècle ont tâché de penser la différence en brisant sa subordination à l’égard de la notion d’identité. C’est le cas notamment de Deleuze. Dans la tradition philosophique, dire que « A est différent de B » suppose que A et B ait préalablement une identité relativement fixe. Deleuze, au contraire, inverse cet ordre et essaie de montrer que  l’identité est un effet ou un produit des différences.