"la representation n'est pas une sorte d'épisode qui s'ajoute à l'oeuvrel; la r^présentation tient à l'essence même du théâtre; l'oeuvre dramatique est faite pour être représentée : cette intention la définit."

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Un début de problématisation ...

    Le terme de catharsis est utilisé dans la Politique d'Aristote VIII 7 1341 b35 pour décrire la musique d'action et d'enthousiasme qui trouble l'âme afin de mieux l'apaiser. Aristote renvoie pour plus d'explication à la Poétique mais il semble dans ce texte donner une connotation différente à la catharsis, moins médicale mais plus " esthétisante ".
La tragédie est décrite comme une représentation qui, par la mise en œuvre de la pitié et de la frayeur, opère l'épuration ( ou la purgation) de ce genre d'émotions (Chap.6 49 b12 ) " Ce que le poète doit procurer, c'est le plaisir qui, par la représentation, provient de la pitié et de la frayeur " (Chap. 14 53 b 12) C'est semble-t-il par l'alchimie de la représentation que pitié et terreur se transforment en plaisir.
En effet le chapitre 4 remarque que nous avons plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité ( cadavres, animaux répugnants). Cette vertu de la représentation tient autant à l'écart entre le fictif et le réel qu'à la stylisation.
Descartes dans le Traité des passions de l'âme (et les lettres à Elisabeth des 18 mai, 6 octobre et 3 novembre 1645) paraît sur ce point, emprunter les traces d'Aristote. Au théâtre " les histoires tristes et lamentables donnent souvent autant de récréation que les gaies, bien qu'elles tirent des larmes de nos yeux ". Cette tristesse qui nous prend au théâtre est comme le " chatouillement de l'âme " (article 94 du Traité des passions). Comme en tout chatouillement, l'homme jouit de la conscience de sa force capable de supporter une excitation d'abord potentiellement menaçante.
Au théâtre, sachant que rien n'est vrai, le spectateur peut vivre, par procuration, l'exubérance des passions, tout en préservant une part de maîtrise puisqu'il n'est pas réellement impliqué.
Le plaisir de la représentation est un sentiment de force préservée au contact d'éléments perturbateurs.
Cette conclusion se retrouve sous la plume de Nietzsche : c''est le sentiment de puissance qui prononce le jugement de beau.
La prédilection pour les choses terrible est symptôme de force ; la prédilection pour les choses mignonnes, jolies, seulement décoratives, est symptôme de faiblesse. Les esprits héroïques sont ceux qui peuvent encore éprouver de la jouissance là où les faibles ne voient que de l'effrayant et détournent les yeux, révulsés : Aesthetica,1887 / 10 [168] Fragments posthumes, textes et variantes établis par G. Colli et M. Montinari NFR Gallimard.

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