la culture protège t-elle contre la barbarie ?

la culture protège t-elle contre la barbarie ? Sujets / La politique / La société /

Un début de problématisation ...

    • PROBLEME : Cette question reprend celle du texte proposé par Montaigne « A-t-on le droit de qualifier de sauvages ou de barbares les indigènes du Nouveau Monde ? » et encore aujourd’hui cette question est-elle d’actualité ?
-La culture et les cultures
L'ethnologie* contemporaine, à travers l'oeuvre de Claude Lévi-Strauss, recèle une critique de cette idée totalisante de la culture. Rejoignant le point de vue de Rousseau, elle considère que la culture n'est pas tant un processus qu'un état, l'être humain ne pouvant exister que dans la culture. Le point d'articulation entre la culture et la nature est la prohibition de l'inceste, interdit fondamental sur lequel s'édifient les systèmes de parenté: en désignant, de façon symbolique, les conjoints possibles ou interdits, les systèmes de parenté fondent la possibilité de l'échange entre les groupes humains. Comme le langage*, les mythes*, ils constituent des formes arbitraires de mise en forme de la loi*. De même, dans le domaine de la culture matérielle, il serait faux de croire qu'il existe des besoins absolus: la satisfaction des besoins* est également soumise à l'arbitraire culturel.
Les différentes cultures résolvent à leur manière tous les problèmes de la vie: aucune ne peut être a priori considérée comme supérieure; l'histoire universelle n'est qu'une illusion ethnocentrique et l'expression d'un rapport de force. On peut toutefois reprocher à cette vision des choses le relativisme auquel elle conduit. Si toutes les cultures se valent, peut-on encore affirmer des valeurs? Faudrait-il admettre que des sous-groupes sociaux ont le pouvoir de créer une culture? On peut aussi penser que c'est de la confrontation d'une pluralité de valeurs et de choix que peut sortir un enrichissement de la culture universelle qui, de fait, est issue de la communication* à l'échelle mondiale.
TEXTES CLÉS: J.-J. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes; G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l'esprit, VI; Cl. Lévi-Strauss, Race et Histoire; Les Structures élémentaires de la parenté. TERMES VOISINS: civilisation; éducation. TERMES OPPOSÉS: barbarie; nature; sauvagerie. CORRÉLATS: acculturation; échange; ethnocentrisme; histoire; institution; instruction; loi; relativisme; structure.

CIVILISATION
(n. f.) ÉTYM.: latin civis, "citoyen". SENS ORDINAIRES: 1. Ensemble de phénomènes sociaux d'ordre religieux, moral, esthétique, ou technique et scientifique, caractéristiques d'une société. 2. État d'avancement des moeurs et des connaissances, qu'il s'agisse d'une réalité ou d'un idéal.
Les deux sens de civilisation sont intimement liés: si l'on peut parler de "civilisations" au pluriel, au premier sens, le second sens du mot civilisation introduit dans cette notion l'idée de progrès*; la civilisation s'oppose alors à l'état sauvage et à la barbarie. Longtemps, la civilisation européenne s'est considérée comme la civilisation par excellence, supérieure tant sur le plan moral, que sur le plan intellectuel et technologique. Rousseau* contestait déjà cette opinion en soulignant que la civilisation, au sens d'éloignement de l'état de nature, ne se confond pas avec le progrès. L'anthropologie* culturelle puis l'anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss* assurent la postérité de cette idée; aujourd'hui, sous leur influence, on emploie souvent le terme de culture au sens de civilisation. Ensembles cohérents de règles, de savoirs et de croyance, les civilisations (ou cultures) ne sauraient alors être hiérarchisées dans une échelle de progrès. La civilisation occidentale, loin de représenter à elle seule un "progrès" universel et indiscutable, n'a-t-elle pas produit, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, les actes de barbarie* les plus graves?
La question de l'emploi de ce terme au pluriel (les "civilisations", voire les "cultures ") pose cependant un véritable problème philosophique: si l'on admet en effet qu'il n'y a pas plusieurs "humanités" dans l'humanité, il est important de postuler l'unité essentielle de notre "civilisation" (ou de notre "culture"), définie alors non pas comme particularisme mais, au contraire, comme condition, pour tout homme, de l'accès à l'universel*.
TERME VOISIN: culture. TERMES OPPOSÉS: barbarie; sauvagerie. CORRÉLATS: culture; ethnocentrisme; progrès; société.

LÉVI-STRAUSS CLAUDE (NÉ EN 1908)
-REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Né en 1908 à Bruxelles, agrégé de philosophie. Durant son long séjour au Brésil (1935-1945), il étudie les différentes formes culturelles (relations de parentés, mythes. etc.) des sociétés indiennes traditionnelles. Aux États-Unis, il rencontre le linguiste Roman Jakobson, dont il s'inspire pour élaborer ses thèses structuralistes. À partir de 1938, il enseigne l'anthropologie structurale au Collège de France.

-Nature et culture
"Tout ce qui est universel, chez l'homme, relève de la nature et se caractérise par la spontanéité: [...] tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier". Lévi-Strauss établit ici une ligne de démarcation apparemment simple entre la nature* (l'universel) et la culture* (les règles particulières). Simplicité toute relative cependant: que dire en effet de la règle de la prohibition de l'inceste, qui présente, à l'évidence, les caractères contradictoires de deux ordres que l'on croyait pouvoir dissocier? Bien que constituant une disposition sociale, la règle qui interdit les relations sexuelles à l'intérieur d'un certain champ de parenté possède pourtant un caractère d'universalité. L'élucidation de ce problème conduira Lévi-Strauss à tenir la prohibition de l'inceste pour le point d'articulation entre nature et culture; à condition, toutefois, de bien interpréter cet interdit comme témoignant de la règle fondamentale de l'échange* (le don et la réciprocité) à l'oeuvre dans toute société, quoique selon des modalités toujours particularisées.

Pourquoi la question se pose
S'il est tellement évident que l'homme se distingue du reste de l'univers naturel, on peut effectivement se demander à quoi bon poser ce genre de question : autant enfoncer une porte ouverte. Il s'agira donc d'interroger cette évidence, contestée de différents points de vue. Par exemple, les biologistes ou neurobiologistes qui travaillent sur le cerveau humain ont parfois spontanément tendance à surévaluer la proximité qu'ils y relèvent avec l'organisation cérébrale des autres mammifères supérieurs, tels les singes, qui nous sont par ailleurs biologiquement le plus apparentés.
Inutile d'insister également sur l'impact prolongé de la théorie darwinienne de l'évolution des espèces, qui a profondément imposé à notre représentation l'idée d'une continuité entre le monde animal et le monde humain. On pense enfin au débat plus actuel que suscitent certains courants de l'écologie qui en viennent de manière assez inédite à contester l'anthropocentrisme de notre point de vue relativement à la nature. Pour eux, l'homme serait une espèce parmi d'autres, au même rang qu'elles au regard d'une biosphère désormais centrale, objet de toutes les préoccupations et de tous nos soins.
Ces quelques éléments permettent donc de donner sens au sujet, et même de le mettre aux prises avec les enjeux les plus actuels.

Au nom de quel critère pourrions-nous juger les pratiques culturelles qui ne sont pas les nôtres ?
Sommes-nous alors condamnés au relativisme culturel, si le seul critère qui paraît échapper aux préjugés, l'accord avec la nature, est lui-même un préjugé culturel ? Il faudrait cependant remarquer qu'une éducation n'est pas un conditionnement. Ce que l'on appelle au sens dit noble du terme « la culture » n'est pas un ensemble de limites qui viennent progressivement restreindre une personnalité en lui imposant des marques indélébiles, mais bien au contraire ce qui ouvre l'intelligence, y compris à la compréhension des autres cultures. Ce à quoi les sociétés modernes sont « condamnées », c'est bien plutôt à la diversité, traduction de la richesse des possibilités humaines. Certes, il faudrait approfondir cette question, en remarquant qu'il existe aussi des tendances à l'uniformisation, ce qui risquerait de nous entraîner trop loin. Retenons du texte de Montaigne, en dehors de sa leçon de tolérance, qu'une certaine prise de conscience, d'inspiration sceptique, du caractère relatif des normes sociales, est nécessaire à la prise de recul qui permet le regard critique. En revanche, il n'est pas du tout certain que cet esprit critique ait besoin de poser ses critères a priori pour pouvoir s'exprimer ; car si la diversité des possibilités humaines interdit que l'on fixe une fois pour toutes ce qui serait la bonne façon de vivre en société, elle n’exclut pas le refus de l’inacceptable.


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Citations sur la culture protège t-elle contre la barbarie ? :

puce La valeur de la culture tient à  l'influence qu'elle exerce sur le caractère. Elle est inutile à  moins qu'elle ne l'ennoblisse et l'affirme. Elle doit servir la vie. Son objectif n'est pas la beauté mais la bonté. - Somerset Maugham
puce C'est en effet la tâche principale de la culture, le véritable fondement de son existence que de nous défendre contre la nature. - Freud
puce Ce n'est pas contre la mémoire que je devrais pester, mais contre la vérité du passé. Oh, si je pouvais la modifiér! Mais elle est une forteresse inexpugnable. - Peter Diener
puce L'histoire ne se fait pas sans la volonté de l'homme, et cependant elle se fait en grande partie hors d'elle et contre elle. - E. Mounier
puce L'histoire ne se fait pas sans la volonté de l'homme, et cependant elle se fait en grande partie hors d'elle et contre elle. - E. Mounier