la liberté des autres

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Un début de problématisation ...

    Problème : Ma liberté s'arrête-t-elle où commence celle d'autrui ?

Autrui :
Avec «autrui», nous avons affaire à un terme qui n'appartient pas vraiment au langage courant, mais à un vocabulaire plus soutenu. Issu de l'expression latine alterihuic, qui signifie littéralement «à cet autre ici présent», le mot ne devrait du reste même pas, en toute rigueur grammaticale, être employé dans la position de sujet d'une phrase. Mais on en prend généralement la liberté.
Les occurrences non-philosophiques du mot s'inscrivent le plus souvent dans un contexte moral. Ainsi on invoque la sagesse des nations, et sa «règle d'or»: «ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fît»; ou bien on rappelle des préceptes d'inspiration chrétienne: «fais à autrui comme tu veux qu'on te fasse» (Évangile de saint Mathieu, 7, 12), «que chacun cherche l'intérêt d'autrui» (saint Paul, Première Épître aux Corinthiens, 10, 24). Dans d'autres contextes, on préfère parler de «l'autre» ou «des autres» en général. Or il y a là une nuance importante. «Autrui», tout d'abord, ne désigne en effet pas «les autres», c'est-à-dire la masse indifférenciée des autres hommes. «Autrui» est un individu. Quel individu? C'est précisément ce que le terme ne fait pas apparaître: l'expression peut ainsi sembler imprécise, dans la mesure où quand on parle d'autrui, on ne parle pas de tel ou tel autre en particulier. Je dirais, toi, tu es un autre et non pas tu es autrui ou tu es un autrui.
De même qu'«autrui» ne désigne pas «les autres», ni une personne précise visée à l'exclusion de toute autre, on aurait tort de considérer que cette expression est synonyme d'«autre». Dieu, mon chat, ma table sont des êtres singuliers, et autres que moi. Mais l'expression «autrui» ne peut pas renvoyer à des choses, des animaux ou des dieux. Autrement dit, si autrui est forcément un autre, tout ce qui est «autre» n'est pas «autrui». C'est ce qui rend délicat l'usage d'une catégorie philosophique comme celle «d'altérité*», par laquelle on peut désigner tout aussi bien le caractère de tout ce qui est «autre» (ainsi le froid est autre que le chaud) que, plus précisément, l'essence spécifique d'autrui.
Quand la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789) énonce que «la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui», le mot «autrui» ne peut renvoyer ici qu'à l'autre homme, à un être semblable à moi, juridiquement reconnu comme mon égal, mais distinct de moi. Autrui n'est pas seulement autre que moi, il est un autre moi (en latin: alter ego): c'est un «je» que je ne suis pas. Penser autrui, c'est donc affronter ce paradoxe de l'alter ego: s'efforcer de comprendre comment il est possible que l'autre soit autre que moi, situé dans le monde parmi les choses, tout en étant un ego; et qu'il soit un ego sans être moi, ou en moi.
LIBERTE : LIBERTÉ La liberté, si difficile à définir, constitue pourtant pour chacun d'entre nous une expérience, ou tout au moins une représentation aussi familière qu'indiscutable. -Liberté et contrainte Être libre, cela signifie tout d'abord ne pas être empêché de faire ce que l'on veut -sortir de chez soi ou quitter son pays, par exemple- ou encore dire sans crainte ce que l'on pense. Par suite, la liberté est conçue habituellement comme absence de toute contrainte étrangère: ce sens usuel du mot liberté (du latin liber) rejoint d'ailleurs son sens originel. Aux sources de notre civilisation, la liberté est la libre condition de l'homme qui n'est pas esclave (servus) ou prisonnier. Par opposition à l'esclave, traité comme un outil inanimé privé de droits, le maître ou le citoyen dispose librement de sa personne et participe activement à la vie de la cité*. Ainsi la liberté fut d'abord un statut, c'est-à-dire une condition sociale et politique garantie par un ensemble de droits et de devoirs, avant d'être conçue par les philosophes et les théologiens comme une caractéristique individuelle purement psychologique et morale. Car, comme l'a bien montre Hannah Arendt*, sans une vie publique politiquement garantie, la liberté, sous quelque forme qu'on l'envisage, ne peut avoir aucune "réalité mondaine" (_La Crise de la culture_). -La liberté comme indépendance intérieure Les stoïciens se sont pourtant efforcés de penser la liberté indépendamment de toute condition extérieure. Le sage, parce qu'il réussit précisément à se détacher de tout ce qui n'est pas en son pouvoir* ne dépend que de lui-même et ne connaît ni la souffrance ni la contrainte. La liberté est alors conçue comme l'état idéal de l'être humain, qui atteint la sérénité par la maîtrise des passions* et par l'intelligence de la nature. Un tel détachement implique sans doute une force d'âme peu ordinaire. Quoiqu'il en soit, la conception stoïcienne oriente la réflexion dans une direction théorique nouvelle et féconde. Désormais, et pour toute la philosophie classique (cf. Spinoza et Leibniz) la liberté signifie l'indépendance intérieure et la capacité morale de se déterminer en suivant les seuls conseils de la raison et de l'intelligence non dévoyée par la passion. Mais s'en tenir là reviendrait à considérer que la liberté n'est finalement que l'autre nom de la raison: auquel cas, on ne comprendrait plus très bien en quoi elle se distingue de la nécessité (cf. textes de Spinoza, pp. 426-427). Attentif à cette contradiction majeure du concept de liberté, Descartes* fut amené à la décomposer en deux temps: négative dans la "liberté d'indifférence" (ou pouvoir de choisir même le faux ou le mal), elle est adhésion positive lorsqu'elle est éclairée et inclinée par la connaissance du bien ("liberté éclairée"). Mais l'homme, divin par sa volonté qui est infinie, ne peut pourtant que consentir à l'évidence qui procède de Dieu, seule volonté vraiment libre, c'est-à-dire créatrice de valeurs comme de vérités. Jean-Paul Sartre*, au contraire, attribuera à l'homme ce "libre arbitre" absolument originel et créateur, qu'il conçoit en même temps comme absolue responsabilité. -La liberté et la loi Mais la liberté, conçue comme un pur pouvoir d'autodétermination, un libre arbitre éventuellement arbitraire et inconséquent, serait incompatible avec l'existence de la société: car. quand chacun fait ce qui lui plaît, écrit Rousseau*, "on fait souvent ce qui déplaît à d'autres, et cela ne s'appelle pas un État libre". Pour Rousseau comme pour Kant*, il n'y a pas de liberté sans loi*: la loi en effet, si elle limite notre liberté, en est pourtant également la condition. Pourquoi? Parce que la dignité de l'homme repose sur cette capacité de se déterminer en fonction d'une volonté morale, ou encore législatrice*, et non pas en vertu de ses penchants, qu'il ne peut que subir. La liberté est donc, paradoxalement, le pouvoir d'obéir à la loi morale. Cette conception de la liberté par la loi, ou autonomie*, trouve également sa traduction politique dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, conformément aux principes énoncés par Montesquieu* dans un texte fameux de _L'Esprit des lois_: "Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être pas contraint de faire ce qu'on ne doit pas vouloir" (II, 3). -Libertés "négatives" et libertés "positives" "La liberté consiste à ne dépendre que des lois": cette formule de Voltaire* comporte, si l'on veut bien y réfléchir, une dangereuse ambiguïté. La liberté commence-t-elle au point où la loi cesse de commander ("Je suis libre de faire tout ce que la loi ne m'interdit pas") ou bien consiste-t-elle dans le pouvoir de légiférer? Cette difficulté renvoie sans doute à une contradiction fondamentale du concept politique de liberté. On sait, depuis Benjamin Constant*, que la conception des Anciens (la liberté conçue comme participation active du citoyen à la vie publique) ne recoupe pas du tout la conception des .Modernes, pour lesquels l'indépendance individuelle, la protection des intérêts privés, la liberté d'expression et l'absence d'oppression sont devenues des valeurs essentielles. Le philosophe américain Isaiah Berlin, reprenant cette distinction dans un article fameux ("Deux conceptions de la liberté") oppose la liberté "négative" (la liberté de s'exprimer sans censure par exemple) à la liberté "positive" qui est le pouvoir de prendre part aux décisions publiques et d'exercer l'autorité en général. Bien entendu, ces deux aspects de la liberté devraient toujours coïncider: celui qui exerce le pouvoir ne peut vouloir se nuire à lui-même! Pourtant, l'histoire nous a appris qu'un peuple peut se gouverner lui-même avec brutalité et déraison et que, par conséquent, la liberté "négative" (ne pas être entravé par autrui dans ce que nous souhaitons faire) est peut-être la liberté par excellence, la liberté tout court. Tel fut, par exemple, le point de vue de Raymond Aron*, pour qui la seule liberté fondamentale est celle de "ne pas être empêché de". Les autres libertés sont en fait des "droits-capacités" ou "droits-créances" (le droit a un emploi, le droit à l'éducation par exemple...) que l'on peut et que l'on doit exiger, mais dont on ne peut s'attendre à ce que l'État les garantisse effectivement (_Essai sur les libertés_). LIBRE-PENSÉE Dans un sens large et philosophique, la libre-pensée est l'affirmation de l'autonomie de la raison* par rapport à l'autorité de la religion*. Le principe de cette autonomie fut affirmé dès le XVII^e siècle par Descartes* et, surtout par Spinoza*. D'un point de vue plus historique, la libre-pensée est un mouvement idéologique anticlérical, puissant dans la deuxième moitié du XIX^e siècle et la première moitié du XX^e, revendiquant la laïcisation de la société et dénonçant la volonté de mainmise par le clergé sur l'éducation. La libre-pensée s'est organisée en associations diverses et admet des orientations différentes, les unes ouvertement athées et antireligieuses, les autres plus compatibles avec une idée raisonnable de Dieu (cf. Déisme).
Comme pour tous les sujets qui invitent à s'interroger sur une affirmation de la vie courante, il s'agit de prendre conscience, par la réflexion, que cette affirmation n'est pas aussi « évidente qu'elle en a l'air, de se demander en quoi le « sens commun » peut néanmoins avoir raison, et d'expliciter les présupposés sur lesquels repose cette affirmation.
Ici, le travail de clarification devait vous amener à distinguer deux sens possibles de la phrase du sujet. S'agit-il d'un constat, de la description d'un état de fait : ma liberté se heurte, que je le veuille ou non, à la résistance que m'oppose la liberté de l'autre ? Ou bien s'agit-il d'une prescription : ma liberté doit s'arrêter là où elle commencerait à empiéter sur celle de l'autre, sous peine de devenir injuste et coupable ?
Transition entre les parties II et III : répondre positivement à la question du sujet, ce serait cantonner la liberté au seul domaine privé
LEVINAS : Pour Levinas, autrui n'est pas celui qui vient limiter ma liberté, mais au contraire celui qui vient l'éveiller et m'en faire prendre conscience. Sans l'existence d'autrui, ma liberté ne serait qu'un pur jeu avec moi-même, sans conséquences. Avec autrui, ma liberté trouve son contenu et son objet véritable. Je découvre à la fois que ma liberté a une valeur infinie, et que je ne peux pas en faire n'importe quoi, que je suis responsable d'autrui. La liberté qui s'éveille à la responsabilité, loin de se flétrir, trouve son orientation véritable.
TOLERANCE : Il ne peut être rationnellement question de faire l'apologie de l'intolérance. Pourtant la tolérance (le fait de supporter qu'autrui pense ou vive différemment de moi) ne peut pas non plus passer pour un idéal satisfaisant. La tolérance peut n'être que l'alibi derrière lequel se dissimule notre indifférence à l'égard de l'autre (que m'importe si l'autre fait son propre malheur ou reste dans l'erreur ?). Plus que la tolérance vaut donc la recherche du dialogue et de la compréhension mutuelle. Chercher à convaincre l'autre, c'est s'adresser à lui comme à un être rationnel capable de saisir une argumentation, et c'est accepter par avance d'écouter à son tour ses propres arguments. Plus que de « tolérer » l'autre, il faut me laisser questionner dans mes évidences et mes certitudes par ses façons de penser et ses modes de vie.


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Citations sur la liberté des autres :

puce Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indépendance et ce que c'est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent: et, si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. - Montesquieu
puce On a réclamé la liberté de penser ce qui est un peu plus absurde que si l'on eût réclamé la liberté de la circulation du sang... Ce que les sophistes appelaient la liberté de penser était la liberté de penser tout haut; c'est à dire de publier ses pensées... la liberté de penser n'était donc que la liberté d'agir. - Louis-Ambroise vicomte de Bonald
puce La liberté n'a de pire ennemi que les autres. - Inconnu
puce J'ai trop le désir que l'on respecte ma liberté pour respecter celle des autres. - Inconnu
puce C'était cela la liberté : sentir ce que son coeur désirait, indépendamment de l'opinion des autres. - Paulo Coelho