peut on assimiler un organisme vivant a une machine

peut on assimiler un organisme vivant a une machine Sujets / Le sujet / L'homme, l'humain /

Un début de problématisation ...

    Peut-on assimiler un organisme vivant a une machine ?
C’est Edgar Morin qui a le plus insisté sur la corrélation possible entre toirs univers : l’univers du vivant, l’univers des systèmes artificiels, celui des machines cybernétiques, et le monde humain. On retrouve certes des similitudes. Mais si cette comparaison est séduisante, peut-n assimiler système vivant et machine, et audelà, peut on assimiler système pensant et machine ?
1/ la tentation est forte d’assimiler les organismes vivants à des machines :
- un organisme vivant se définit comme un ensemble de fonctionnalités complémentaires, des organes qui se combinent dans une structure globale. Ces fonctions ont un seul objectif : le maintient en vie de l’ensemble. Or sur ce point on pourrait relever une différence par rapport à la machine : la structure de la machine a une finalité qui lui est extérieure : la production, et non seulement la conservation de la machine. Seule une partie du programme et des fonctionnalités est assignée à cet objectif de conservation.
- Un organisme vivant échange avec le monde extérieur : ces échanges agissent dans les deux sens : l’organisme reçoit (par exemple de l’énergie solaire, du gaz carbonique, dans le cas de la photo synthèse) et restitue au milieu (par exemple de l’oxygène). Là la comparaison semble plus pertinente : la machine vit dans un équilibre précaire avec l’ensemble économique dans lequel elle s’insert, et sa place est définie par sa productivité. L’organisme vivant lui vit dans un équilibre également précaire avec un milieu écologique où il tient sa place. La même fragilité des deux système peut être constatée. Dans les deux cas, organisme comme la machine sont largement tributaires de leur contexte écologique pour l’un, économique pour l’autre.
- La machine tout comme l’organisme sont « programmés » Si on prend l’exemple de la cybernétique, des machine informatisées et automatisées, on constate qu’elle possèdent toute un programme d’auto régulation et de production. De la même façon, notre adn, comme celui de tous les êtres vivants, conditionne notre être biologique et contient le « programme » de notre vie. La différence, c’est que l’ADN ne possède que des informations sur l’organisme lui même, et ce programme n’est accessible à aucune nouvelle information et n’est pas capable de s’auto-corriger. Or si je prends un ordinateur, je m’aperçois que celui ci possède certes un programme, le « bios » qui concerne la description des fonctionnalités de la machine, et établit l’interface homme machine. Mais contrairement au code génétique, le bios est accessible à de nouvelles informations, il peut disposer de mécanisme auto correcteurs, et enfin, et surtout, ce programme n’est qu’une infime partie des programmes qui font que l’ordinateur fonctionne : le programme ADN ne contient que des informations sur la duplication de l’espèce, les programmes d’applications chargés par un ordinateur concernent des actions et fonctions qui dépassent largement la description de la machine elle même.
Conclusion 1 : on pourrait être tenté d’assimiler machine et organisme vivant. On voit cependant que ce n’est qu’une analogie trompeuse. Ce fossé est encore plus grand quand on compare la machine à cet être vivant complexe qu’est l’homme.

2/ Peut-on considérer ce être vivant particulier qu’est l’homme comme une machine ?
Descartes, en regardant par la fenêtre dit, « je vois des hommes qui passent dans la rue ; or que vois-je, sinon que des chapeaux et des manteaux qui peuvent être mus par des ressorts. » Qu’est-ce qui va alors permettre à son entendement de juger que ce sont des hommes qui passent et non des automates ? C’est la question qui nous est posée : « Peut-on considérer l'homme comme une machine? » Est-ce parce qu’il parle que l’homme se distingue des animaux et des machines ? Est-ce parce qu’il crée du sens et des valeurs ? est-ce enfin parce qu’il est perfectible ?

1.1/ Parce qu’il parle l’homme ne peut se confondre avec une machine :
La différence entre langage humain et langage animal (ou cybernétique) illustrera cette impossible réduction mécaniste de l’homme :
- Certes, la machine et l’animal, possèdent des codes qui ressemblent à un langage humain. La machine, en particulier, est capable de mémoriser une quantité bien supérieure d’informations, (par exemple la grammaire et le dictionnaire de centaines de langues différentes) ; Il s’agit là d’une compétence linguistique sans doute supérieure même, en ce qui concerne la machine, aux capacités de l’homme.
- Mais il manque à l’animal comme à la machine une « performance » (terme anglo saxon signifiant « réalisation » ) qui permet de créer des énoncés nouveaux à partir des éléments de la langue. La machine doit se contenter de répéter ce qu’elle a déjà enregistrée : elle ne peut créer d’énoncés nouveau.
- C’est donc, nous dit Descartes, parce que nous avons la faculté de penser, et non parce que nous en avons les organes, que nous pouvons parler. Le pouvoir créateur de la parole fait de nous des êtres qu’aucune machine ne pourra jamais égaler.
Ainsi les automates qui passent sous la fenêtre de Descartes ne sont des êtres humains et non des vêtements mus par des ressorts, s’ils parlent. Et parce que nous parlons nous ne sommes ni des animaux, ni des machines.

2.2/ Parce que nous éprouvons des émotions, que nous avons des sentiments, et que nous sommes capables d’aimer nous ne sommes pas des machines
Nous ne sommes pas en notre corps comme un « pilote en son navire » (Descartes)
- Le corps machine n’est pas simplement extérieur à nous : il interagit sur notre esprit et si cet esprit commande au corps, le corps lui aussi détermine l’esprit. Pour que l’image du pilote et de son navire soit valable, il faudrait imaginer une relation philogénétique entre lui et son bateau, par exemple qu’il soit le fils du bateau.
- Toute interprétation mécaniste des comportement humain est vouée à l’échec. : exemple de Laborit et des interprétations neuro-physiologiques.
o Laborit propose de réduire les comportements humains a 4 comportements de base, que nous partagerions avec les animaux :
 La satisfaction
 La fuite
 L’agression
 L’inhibition.
o il ne voit dans le langage d’un « alibi langagier » à ces conduites primitives.
- Mais tous les comportements humains ne peuvent s’expliquer de manière aussi mécanique : comment par exemple expliquer l’héroïsme, le don de soi, ou encore l’altruisme par de simples réactions psychiques liées à ces déterminations archaïques ?
Le déterminisme mécaniste des sciences biologiques voudraient réduire l’homme à n’être qu’une machine. Or vous pouvons bien montrer que ceci n’est possible qu’au prix d’une réduction : l’homme est toujours audelà, en bien ou en mal de la simple animalité.

2.3/ parce que nos réactions ne sont pas pré-déterminées, nous ne sommes pas des machines.
L’homme est un être en devenir : nul ne peut dire ce que va devenir un être humaindans le cours de sa vie : les être humains sont perfectibles, ce que ne sont pas les machines qui correspondent toujours à un programme pré établi. :
2.3.1/ L’homme est perfectible dans la mesure où il est défini essentiellement comme un être en puissance, non en acte ; par opposition à l’animal dont les caractéristiques spécifiques sont immuables, par rapport à la machine qui ne peut être différente de ce pour quoi elle a été conçue, l’homme est un être en devenir.
- l’homme n’est pas informé héréditairement comme l’animal qui possède dès sa naissance un instinct. (Canguilhem) Ceci a pour l’animal la conséquence d’être parfaitement aliéné aux conditions naturelles. Il n’y a pas de milieu naturel à l’homme : par son travail l’homme invente son propre milieu. Il est donc contraint à la perfectibilité, il est contraint à « s’inventer lui-même. »
- On peut aussi donner un sens moral à cette maxime. A la naissance nous ne sommes originellement rien : c’est après, après l’existence que nous allons devenir et ce que nous deviendrons aura des conséquences plus larges : en nous choisissant nous choisissons aussi les autres hommes (Sartre)
- Refuser ce devenir, refuser de considérer que rien n’est joué de notre être avant la dernière heure, c’est aussi refuser notre condition d’homme. On pourrait appliquer à l’homme cette maxime que Bachelard attribuait à la science : dans l’homme « rien n’est donné, tout est construit ». On ne naît pas femme on le devient, disait S. de Beauvoir : on pourrait aussi bien dire, on ne naît pas homme, on le devient.
 C’est dans la condition de l’homme de devoir en permanence créer l’image qu’il veut pour l’humanité. L’homme est un être en devenir, la perfectibilité est donc au centre de son être. La machine, elle, si elle évolue, ne le fait que par l’intervention de l’homme, et dans une mesure qui est toujours déterminée par lui.

2.3.2/ L’homme est perfectible parce que c’est un être libre.
- Ce qui était pour nous une carence va finalement se révéler être une chance. C’est parce qu’il naît immature que l’homme est libre. Ainsi, il a dû inventer des techniques pour survivre, mais en même temps il a découvert qu’il pouvait dans une certaine mesure se rendre indépendant de la nature, en tous cas qu’il pouvait remédier à sa faiblesse de dotation naturelle, que constate Kant.
- Etre libre c’est aussi ne pas subir la loi de la nécessité et du besoin, mais être capable « d’obéir à la loi que l’on se donne » (Rousseau) Les êtres humains vont soumettre toute l’énergie de leur vouloir pour satisfaire un but qu’ils se donnent librement. La nécessité est incapable d’expliquer à elle seule les prodiges de technique que l’homme est capable de réaliser. C’est au prix d’un effort volontaire, d’une capacité à plier sa volonté à un projet que définit sa conscience. Cette dimension de la liberté nous distingue donc de l’être déterminé qu’est la machine
- C’est originairement parce qu’il ne se confond pas avec ses objets, parce qu’il se constitue comme un sujet en face de ses objets, au lieu de se laisser absorber par eux, que l’homme est conscient et perfectible. Du chien qui ronge son os, on pourrait aussi bien dire qu’il est rongé par l’os, puisqu’il n’est plus que cela, un plaisir lié à une chose. Face à la moindre de ses idées, l’homme conscient est libre : il la regarde comme un objet, susceptible d’être critiquée, comprise, évaluée par d’autres que lui, comme quelque chose d’autre que lui qu’il peut modifier comme une chose. La pensée va accepter le risque du monde, y rencontrer les autres et se modifier au gré de ces échanges. Elle va se perfectionner. Elle interagit sur d’autres pensées. Voici un ensemble qui ne peut se ramener à un schéma mécaniste : parce qu’il est en devenir, parce qu’il est un réseau de relations, l’homme n’est pas une machine .

Conclusion :L’homme est un être perfectible parce qu’il est conscient et ne se confond jamais avec ses objets. Il peut développer se connaissances car il n’est « jamais satisfait du sens trouvé » (Canguilhem). Il n’est donc pas une machine dont on pourrait prévoir les moindres fonctions.


Obtenir un corrigé personnalisé du sujet de philosophie : peut on assimiler un organisme vivant a une machine

Vous devez traiter ce sujet ?

Notre équipe de professeurs de philosophie se propose de réaliser pour vous un véritable corrigé de "peut on assimiler un organisme vivant a une machine". Votre sujet de philo sera traité selon les indications que vous fournirez. Vous pouvez même spécifier le délai sous lequel vous souhaitez recevoir votre correction. Vous recevrez votre corrigé par email, en toute simplicité, dés que votre sujet aura été traité.

Obtenir ce corrigé - Fonctionnement de MaPhilo.net

Obtenir le corrigé de peut on assimiler un organisme vivant a une machine

Sujets similaires :

  • peut-on assimiler l\\\\\\\'esprit à une machine?
    (Autres sujets..)
  • Un être vivant peut-il être assimilé à une machine?
    (Le vivant, l'animal)
  • Faut-il redouter les machines ?
    (La technique)
  • les machines travaillent-elles pour l'homme ou contre lui?
    (Le travail)
  • peut-on assimiler l'esprit à une machine ?
    (La matière et l'esprit)