on avait inventé l'ordinateur pour faire des calculs on en est en train de s'apercevoir qu'il est avant tout destiné a faciliter la communication entre les hommes, à simplfier leur rapport. Les simplifer ou les apauvrir ?
Sujets / La culture / Le langage /
Un début de problématisation ...
Repérages
Début du mye siècle : l'hypothèse d'un
langage mental apparaît dans les écrits de Guillaume d'Occam.
1651 : Léviathan de Thomas Hobbes.
1854: Lois de la
pensée de Boole.
1935 Sur les nombres calculables avec une application au problème de la décision », article de Turing sur l'ordinateur à programme intégré.
1940-1945 : les machines à calculer sont développées pendant la Seconde Guerre mondiale pour déchiffrer les communications allemandes, lesquelles utilisent la machine à encoder la plus sophistiquée (Enigma). Celle-ci sert pour les communications avec les sous-marins. On utilise au début des cal¬culateurs électromécaniques puis l'électronique. Turing apporte à ce déchif¬frement une contribution inestimable.
1950 : « Les ordinateurs et l'intelligence », article de Turing.
1953 : début des recherches de Chomsky sur l'appareillage mental sous-ten¬dant l'acquisition du langage.
Après 1960: développement massif des sciences cognitives*.
1975 : The language of thought (Le
langage de la pensée) de Fodor.
La
pensée est-elle
un processus algorithmique ?
« Je voulais montrer qu'a côté des catégories qui font référence à des classes de concepts simples, il doit y avoir une nouvelle sorte de catégorie qui embrasse les propositions elles-mêmes ou les termes complexes dans leur ordre naturel. A cette époque-là je n'avais aucune idée des méthodes de preuve, et je ne savais pas que ce que j'étais en train de proposer était déjà
fait par les géomètres quand ils arrangent leurs propositions dans un ordre consécutif de telle façon que dans une preuve une proposition procède d'autres propositions d'une façon ordonnée... Je suis arrivé par une sorte de nécessité interne à une réflexion d'une importance étonnante : il faut inventer, pensai-je, un alphabet des
pensées humaines, de telle sorte qu'à travers les connexions de ses lettres et l'analyse des mots formés avec elles, tout-puisse être découvert et jugé. Cette inspiration me donna une joie rare qui était bien évidemment prématurée car je n'avais pas encore saisi la véritable signification de la question... Le hasard a
fait qu'à 20 ans j'ai dû écrire une dissertation académique ; j'écrivis alors la dissertation sur Mars combinatoria", livre publié en 1666 ; ainsi mon étonnante découverte est devenue publique. »
Leibniz, Vers une caractéristique universelle, 1677, rééd. in: Leibniz
Selections, éd. par Philip Wiener, Charles Scribner's Sons, New York,
1951, pp. 19-20.
Dans la Caractéristique universelle de Leibniz on peut distinguer (1) un aspect métaphysique, le système de caractères primitifs qui représentent les concepts simples, l'alphabet des pensées, et (2) un aspect logique, un moyen de
démonstration et d'invention, le calcul du raisonnement. La caractéristique universelle permettrait de remplacer l'effôrt en vue de l'obtention d'une
connaissance par un calcul analytique. Adoptant une sorte de pythagorisme, Leibniz croyait que les choses ainsi que les concepts qui les décrivent sont comme les nombres. Or un nombre donné peut être obtenu par une combinatoire d'autres nombres. Si nous considérons les concepts comme des atomes de signification, il devient possible de combiner des concepts relativement simples pour former des concepts ou de propositions relativement complexes. Ainsi — et ceci est capital pour la procédure logique de la déduction — les propositions concernant les choses complexes peuvent être dérivées des propositions concernant leurs constituants plus simples grâce à une combinatoire comparable à la multiplication de nombres. La combinatoire comporterait plusieurs niveaux, en allant des combinaisons les plus simples entre les concepts fondamentaux, aux combinaisons de propositions les plus complexes. Il faudrait donc découvrir les concepts fondamentaux impliqués dans toute
existence possible. Le développement du calcul logique (ou logique mathématique) dû à Frege, à Peano et à Russell est un accomplissement partiel du rêve grandiose_de Leibniz dans le domaine des sciences formelles. Frege utilisa son calcul pour essayer de dériver l'arithmétique de la logique pure.
En lisant Leibniz, on prend
conscience que la logique et la déduction ont un sens plein quand on les met au service d'un grand objectif utile à l'homme. Celui de Leibniz était rien de moins que réduire à un calcul les vérités de
raison dans tous les domaines (mathématiques, sciences de la nature,
philosophie et théologie) de façon à résoudre tout problème à coup de preuves formelles. Ceux qui consacrent leur
vie à la logique n'abandonnent pas complètement l'espoir de Leibniz (bien qu'il reste, chez eux, secret.)
Préambule
À la différence de «Quels sont les obstacles à la
communication entre les
hommes ? » le présent
sujet offre un aspect plus technique. Il paraît difficile de le traiter avec succès sans quelques repères dans diffé¬rents domaines (informatique, logique, psychologie); sans cela on risque de tourner en rond.
Il convient dans un premier
temps de faire un sort à la multitude d'em¬plois du terme « calcul » dans le
langage ordinaire, de manière à faire res¬sortir l'usage
technique précis du terme qui est logique et mathématique.
Une seconde difficulté tient à ce que les ordinateurs, les calculatrices électroniques font désormais partie de notre environnement quotidien, mais cette familiarité est aussi trompeuse. S'agissant en particulier des pre¬miers, nous oscillons entre des intuitions contradictoires. D'un côté nous sommes tentés de nous incliner devant leurs performances qui étonnent même parfois leurs concepteurs; dans cette logique, nous serions tentés de dire que la machine pensante est pour demain, si elle n'est pas déjà là. D'un autre côté nous sommes frappés par la bêtise des ordinateurs, quelle que soit leur rapidité à exécuter certains calculs. Chacun sait par exemple que des machines très sophistiquées butent sur des difficultés qu'un enfant de six ans résout sans problème. Lorsque le sens commun est ballotté au gré de telles contradictions, c'est peut-être le signe que nous sommes en présence d'un problème philosophique réclamant une élucidation concep¬tuelle.
En vérité, le projet de mécaniser la pensée, le raisonnement, au point d'en faire un calcul réalisable par une machine en un nombre fini d'étapes hante l'esprit des philosophes depuis plusieurs siècles. Tout se joue ici autour du sens qu'on donne à des termes comme « penser », « comprendre », « raisonner » que nous employons couramment pour décrire l'activité cognitive de nos semblables, et également autour de celui d'une expression comme « suivre une règle ». Faut-il se résoudre à dire d'un dis¬positif purement mécanique qu'il pense et qu'il respecte des règles, ou faut-il réserver ces aptitudes à l'être
humain ? On peut donc se demander s'il ne faut pas mettre une condition à l'assimilation du calcul et de la pensée: que celui-ci soit effectué par une créature susceptible de donner les raisons conduisant au résultat obtenu et donc capable de le justifier. Dans ces conditions, le calcul est assimilable à de la
pensée dans les seuls cas où il n'est pas effectué de façon purement mécanique...
Plus généralement, si on refuse d'identifier le calcul à de la pensée, c'est peut-être aussi que l'on tient à réserver l'application des concepts psycho¬logiques courants aux êtres
humains et, éventuellement, à des
animaux qui leur ressemblent. Dire qu'une machine calcule est dès lors différent de dire qu'elle a une psychologie.
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