Obéir est-ce renoncer à sa liberté ?
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Un début de problématisation ...
Peut-on être libre en se soumettant aux obligations de la loi morale? «Se soumettre » désigne l'acte d'un être qui se met sous la dépendance, l'autorité, d'un autre, voire de règles que cet autre lui a imposées. La servitude est un état de soumission (La volonté,
sujet 3, § 1) ; or, dans cet assujettissement, l'Esclave devient Maître du maître (parce que celui-ci dépend de lui). Ainsi, en se soumettant à des obligations, on peut renverser les positions apparentes. Cela arrive, par exemple, dans l'obéissance aux lois de l'État : comme l'Esclave, on se glisse peu à peu dans le Pouvoir, du
fait que l'on s'est rendu indispensable et que l'on a rusé pour s'élever dans la hiérarchie sociale. L'histoire est remplie de ces dialectiques : l'esclave, devenu «affran¬chi », puis favori de l'empereur, va diriger l'État ; le prolétaire, monté dans les appareils des syndicats ou des partis, fera la loi (il déclenche des grèves, paralyse le pays jusqu'à ce que la législation satisfasse ses revendications).
D'une soumission à une autre : le
pouvoir d'imposer sa
volonté est extérieur à ceux qu'il domine ; le mouvement conflictuel se reproduira, et les rôles seront de nouveau retournés. La paix est impossible. La loi
morale est-elle aussi une puissance extérieure, soumettant des volontés rebelles ? Certains le croient, n'y voyant que l'intériorisa¬tion des règles imposées par les parents, les éducateurs, la Cité. Mais peut-on se contenter de désigner par le mot « intériorisation » le processus psychique par lequel les pressions culturelles viendraient nous imprégner ? D'abord, toutes les pressions externes ne sont pas intériorisées (la terreur ne parvient pas à écraser les consciences personnelles, les tyrannies contemporaines en ont
fait l'expérience) ; ensuite, Freud place, à côté du « surmoi » contraignant, obstacle au développement de l'individu, l'idéal du moi, qui est à l'origine d'une bonne intégration sociale ; mais d'autres y voient une instance psychique originale, formée sur l'image des « objets » (= êtres humains, dans le vocabulaire psychanalytique) aimés, à laquelle le « moi » se soumet par amour (Nunberg, Prin¬cipes de psychanalyse, PUF, p. 155). Contrainte ou amour ? Déjà l'analyse du processus de « sublimation » avait mis en lumière l'ambiguïté fondamentale de la psychanalyse (voir «La
volonté »,
sujet 1, § 3).
Si la soumission à des obligations externes pose de tels problèmes, que sera-ce quand elles découleront de la loi
morale ? De plus, « les » obligations formant une pluralité, comment proviennent-elles de l'unité de la loi
morale ?
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