sommes nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients?
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Un début de problématisation ...
• sommes nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients?
• PROBLEME : La
conscience est-elle quelque chose d’innée ou bien quelque chose qui s’acquiert difficilement. Quel rôle joue l’inconscient dans la
conscience de soi ? Sommes-nous conscients naturellement et par nous-mêmes de ce que nous sommes ?
A lire :
Inconscient : De l'usage du mot à la notion
On qualifie volontiers d'inconscient celui qui ne se rend pas compte du danger qu'il encourt ou qu'il
fait encourir aux autres. Inconscient peut même dans certains contextes être employé comme un synonyme de fou comme lorsqu'on qualifie quelqu'un de "complètement inconscient". Mais, ces inconscients-là, tout inconscients qu'ils sont, sont quand même conscients de ce qui leur arrive, au sens où ils se rendent compte qu'ils en ont l'expérience. Ce n'est pas le cas de celui qui perd
connaissance ou qui est anesthésié: ce dernier n'est plus présent au monde qui l'entoure. Celui qui s'endort glisse progressivement dans un état d'inconscience, le sommeil apparaissant comme une suspension provisoire de sa
vie éveillée. Cette mise entre parenthèses n'a que peu à voir avec l'aveuglement, la légèreté et l'irréflexion de l'imprudent ou du fou, si ce n'est cette dimension privative: l'un est faiblement présent au monde extérieur, l'autre faiblement présent aux conséquences de ses actes pour lui-même ou pour autrui.
Ces emplois divergents du mot risquent de faire écran à la compréhension de la notion d'inconscient telle qu'elle s'est progressivement élaborée d'abord en philosophie, puis en psychologie. Mais la
langue n'est pas nécessairement un mauvais guide: si l'on remarque que le préfixe in- désigne, en français au moins, non pas tant une privation que l'opposition à..., le refus..., l'empêchement..., on aura
fait un pas vers une conception positive (l'inconscient est quelque chose et non l'absence de conscience) et dynamique (l'inconscient exerce une force active) de la notion d'inconscient, voire du concept psychologique d'inconscient (qui désigne une représentation psychique non consciente ou, si l'on veut, une représentation non représentée).
C'est, semble-t-il, en anglais, au milieu du XVIIIe s., que se trouve la première occurrence du terme "inconscient" (unconscious) dans un texte écrit. Il n'apparaît guère en français avant le XIXe s., ce qui ne veut pas dire que la notion n'ait pas précédé l'apparition du mot, même si l'idée d'une représentation échappant à la
conscience a pu paraître aussi peu intelligible que celle de cercle carré aux yeux de ceux pour qui
conscience et psychisme sont synonymes. En fait, la diffusion du terme d'inconscient dans les milieux intellectuels européens est liée à la publication de la Philosophie de l'inconscient (1868) d'Eduard von Hartmann. Dans cet ouvrage rédigé en allemand, mais traduit en français dès 1877, l'inconscient est moins un principe fondamental de la psychologie qu'une notion philosophique générale permettant à l'auteur d'opérer une synthèse un peu hétéroclite de la
philosophie idéaliste ou romantique allemande (Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer principalement).
C'est sans nul doute avec Sigmund Freud (1856-1939), le fondateur de la psychanalyse*, que la notion d'inconscient psychique devient une notion fondamentale de la psychologie. Même s'il est excessif de nier l'influence de la notion philosophique d'inconscient alors régnante dans la culture, l'inconscient freudien, celui de la psychanalyse, n'est pas une notion philosophique. Freud présente l'inconscient comme une hypothèse de nature scientifique liée, à l'origine au moins, à une nécessité théorique indissociable d'une pratique clinique de psychothérapeute cherchant notamment à éclairer certaines maladies ou certains troubles psychiques, principalement ceux que la médecine de la fin du XIXe s. avait regroupés sous le terme d'hystérie*. C'est en ce sens que Jacques Lacan a pu dire que "l'inconscient freudien n'a rien à faire avec les formes dites de l'inconscient qui l'ont précédé, voire accompagné, voire qui l'entourent encore [...] L'inconscient de Freud n'est pas du tout l'inconscient romantique de la création imaginant. Il n'est pas le lieu des divinités de la nuit" (Le Séminaire, livre XI, p. 26).
La notion philosophique d'inconscient
L'inconscient est-il de l'indistinct et du confus?
Qu'une foule de phénomènes se produise sans que la
conscience en soit avertie est chose aisément constatable. Non seulement la
conscience ne perçoit actuellement de la
réalité extérieure qu'une faible partie -celle qui entre dans son horizon de
perception ou dans son champ d'attention actuel- mais une bonne partie de ce qui se passe dans le
corps auquel elle est jointe lui échappe (la plupart des processus physiologiques* se font sans que la
conscience ne s'en aperçoive). Toute
conscience est donc sélective et ne prête guère attention à ce qui se passe en marge de son centre d'intérêt du moment.
Pourtant, chacun a aussi pu faire l'expérience du
fait que de nombreuses impressions, quoique inaperçues, ne laissent pas de jouer un rôle dans la
vie psychique. Sans qu'on y prête attention, ces impressions affectent l'esprit humain. Le plus souvent, ces représentations confuses, fugitives ou faibles, s'évanouissent sans laisser de traces. On est alors tenté de leur dénier toute consistance et toute importance. Pourtant, si prises isolément ces représentations inaperçues sont quantité négligeable, la somme de ces presque-riens joue un rôle dans la constitution des représentations conscientes: le mugissement de la mer n'est-il pas la résultante de la somme des bruits imperceptibles de chaque goutte d'eau qui compose la vague C'est en tout cas ainsi que Leibniz, bien qu'il n'emploie pas le terme d'inconscient, remarque que des "petites perceptions", "trop petites pour être aperçues" isolément, donc des représentations inconscientes, pouvaient devenir des "perceptions notables", c'est-à-dire des représentations conscientes, à l'image du calcul infinitésimal où la somme de quantités infiniment petites est bien une quantité (texte 1). Or selon Leibniz, "nous ne sommes jamais sans perceptions, mais il est nécessaire que nous soyons souvent sans aperceptions, savoir lorsqu'il n'y a pas de perceptions distinguées" (Nouveaux Essais sur l'entendement humain, liv. II, chap. XIX). S'il y a continuité de l'inaperçu au perçu, peut-être faut-il alors se représenter la distinction entre la
conscience et l'inconscience comme une différence de degré plutôt que de nature. C'est ce que soutient Bergson en refusant qu'on oppose mécaniquement le règne
animal caractérisé par les formes conscientes de la
vie et le règne végétal auquel il faudrait refuser toute forme de conscience.
L'inconscient est-il l'inconnaissable?
Néanmoins l'idée que des représentations inconscientes participent à la formation des représentations conscientes ouvre la possibilité que la
conscience ne soit pas au fondement de la
vie psychique. L'idée que la
vie psychique n'est qu'un phénomène second, venant après coup et s'étayant sur autre chose que la
conscience de soi du
sujet pensant, a été soutenue par Schopenhauer. Pour l'auteur du Monde comme
volonté et comme représentation, l'activité consciente (la représentation) est une réfraction et une objectivation d'un monde dont l'essence est la
volonté ou le vouloir-vivre. Mais cette
volonté n'est pas la
volonté au sens traditionnel. Elle n'est pas la faculté d'un
sujet conscient de poser des buts et d'y tendre, mais plutôt une sorte de force présente "à son plus bas degré [...] comme une pression aveugle, comme une poussée obscure, engourdie, loin de toute possibilité immédiate d'être connue". De la
matière inorganique jusqu'aux êtres vivants et jusqu'à l'homme, toute la
réalité est conçue comme les différents degrés d'objectivation de cette
volonté qui échappe à toute possibilité d'être représentée telle qu'elle est. Elle peut être dite, à ce titre, sinon inconsciente, au moins inconnaissable. La
conscience de son côté est représentation du monde, miroir de cette
volonté - mais un miroir ne donnant à voir qu'illusion, sorte de Voile de Maïa, la divinité indienne qui jette un voile d'illusion sur le monde perçu (texte 2). Certes, on ne peut assimiler sans précaution cette notion de vouloir-vivre à un concept strict de l'inconscient car ce que Schopenhauer appelle
volonté ne relève pas essentiellement du psychisme. Mais il est possible de parler ici d'inconscient en un sens large et somme toute faible, synonyme de "non actuellement connu".
L'idée d'une représentation inconsciente est-elle concevable?
On voit que la notion d'inconscient ne se réduit pas à qualifier ce qui est sous-jacent aux représentations conscientes et qui exerce à la marge de la
conscience une influence sur elle. Faire de l'inconscient une catégorie fondamentale de la
réalité présente certes l'inconvénient de perdre en compréhension et en précision ce qu'on pense avoir gagné en extension. Mais peut-être faut-il retenir que l'inconscient est au moins une notion qui invite à remettre en cause fondamentalement certaines habitudes de pensée. Ainsi, on a tendance à considérer comme quelque chose qui n'existe pas ou plus les états psychologiques inconscients parce qu'ils ne sont pas actuellement présents à la conscience. C'est parce qu'il conçoit la
conscience comme la marque caractéristique du présent et de l'être agissant (texte 7) que Bergson peut concevoir la représentation inconsciente comme une représentation refoulée par la conscience. Cela permettrait de donner à la notion de représentation inconsciente, "en dépit d'un préjugé répandu", une clarté et une assise théorique fortes (texte 3).
Le concept psychologique d'inconscient
Qu'est-ce qui distingue le concept psychologique de la notion philosophique d'inconscient?
Dans un article pour une revue de psychiatrie, le psychologue français Pierre Janet (1859-1947) se plaignait de l'usage que l'on faisait du terme de subconscient, notion voisine mais distincte de celle d'inconscient: "Depuis l'époque où j'employais le mot "subconscient" dans un sens purement clinique et terre à terre, d'autres auteurs ont employé le mot dans un sens beaucoup plus relevé mais moins précis. On a désigné par ce mot des activités inconnues et merveilleuses qui existent paraît-il au-dedans de nous-même sans que nous en soupçonnions l'existence" (Janet, Rapport sur la suggestion, 1927). C'est au nom de la précision requise par la rigueur scientifique que Janet renonce à ce terme devenu une sorte de fourre-tout. On a là une assez bonne illustration de la différence entre une approche psychologique et expérimentale d'une notion et son approche philosophique. Ce que Janet dit du subconscient pourrait s'appliquer aussi bien à l'inconscient de Freud. L'inconscient de la psychologie n'est ni celui de la
philosophie (texte 12), ni celui du sens commun, quand bien même il est toujours possible de pointer des analogies entre la notion philosophique et le concept psychologique. Cette distinction entre la notion philosophique et le concept scientifique de l'inconscient a été soulignée par Yvon Brès, qui montre dans un essai sur l'histoire de la notion que "Freud n'a pas découvert l'inconscient" et que "le crédit qui lui est souvent
fait de cette invention, même par des personnes cultivées, est une des plus grandes mystifications de notre époque" (texte 14).
FREUD
Pourquoi est-il nécessaire de faire l'hypothèse de l'existence d'un inconscient?
Même si Freud n'a pas inventé la notion d'inconscient, il est le premier à avoir postulé de façon radicale la nécessité de faire l'hypothèse de l'existence d'un "inconscient" comme partie constitutive du psychisme de tout individu (texte 5). Il faut noter que Freud s'efforce d'inscrire cette hypothèse dans une perspective théorique de fondation d'une nouvelle discipline scientifique, la psychanalyse* (texte 9) et dans une perspective pratique, celle du traitement psychothérapeutique des troubles névrotiques. La psychanalyse, ou science de l'inconscient, se veut à la fois une
théorie scientifique et une pratique clinique ayant pour objet de soigner certaines affections psychiques dont les symptômes ne peuvent se ramener à une quelconque lésion
physique ou physiologique* identifiable. Du point de vue théorique, elle suppose que l'on admette que le "moi n'est pas maître dans sa maison", constat et découverte qui blessent "l'égoïsme naïf de l'humanité" (Freud, Introduction à la psychanalyse, 1915).
Comment l'inconscient se manifeste-t-il?
Dans la mesure où l'hypothèse freudienne n'est pas une conjecture philosophique, mais une hypothèse scientifique exigée par une nécessité théorique, il importe sans doute moins d'essayer de prouver qu'il y a un
inconscient que d'en élaborer le contenu. Mais comment déterminer le contenu de ce qui ne se montre pas de soi-même? En fait, Freud montre qu'il existe de multiples manifestations indirectes de l'inconscient. Du coup toute une partie du
travail de l'analyse -analysis signifie en grec, "délier", "dénouer en remontant"- consiste à interpréter, comme on déchiffre un rébus ou comme on résout une énigme policière, les manifestations de l'inconscient. Si l'on reprend une expression imagée de Jacques Lacan qui caractérisait l'inconscient comme "ce qui se ferme dès que ça s'est ouvert" (Séminaire du 22 avril 1964), on pourrait dire que la psychanalyse interroge le mode de manifestation de ce contenu qui se referme en s'ouvrant.
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En fait, la
théorie de l'inconscient s'est élaborée progressivement par l'analyse de cas individuels concernant aussi bien des
sujets névrosés* que des
sujets sains. Ainsi, outre l'étude de certains cas pathologiques comme les névrosés et notamment les hystériques*, on trouvera dans l'oeuvre de Freud des analyses portant sur des phénomènes ordinaires comme l'expérience des lapsus ou des actes manqués, ou encore des analyses portant sur le rêve. C'est en effet l'analyse du rêve qui fournit le meilleur modèle théorique permettant de comprendre comment fonctionne, selon Freud, l'appareil psychique en général. L'analyse du rêve est ainsi la "voie royale pour la
connaissance de l'inconscient" (texte 8). Elle permet de mettre au jour un certain nombre de lois (déplacement, condensation, symbolisation etc.) dont la validité est étendue au fonctionnement de l'inconscient.
Quel est le contenu de l'inconscient?
Si l'analyse des rêves a été décisive pour le développement de la psychanalyse, l'un des points essentiels de la
théorie freudienne est le lien qu'elle établit entre l'accomplissement des
désirs en quoi consiste le rêve, et le phénomène du refoulement*. Le
désir dont le rêve est l'accomplissement, serait toujours greffé sur un
désir infantile dont le réveil a pu être suscité par le
désir conscient ou représenté (texte 4). Contrairement à ce que prétend la sagesse des nations, le sens des rêves serait donc relatif, non à l'avenir (les fameux "rêves prémonitoires"), mais à la préhistoire infantile du rêveur (texte 8).
Pourquoi analyser l'inconscient?
La
théorie freudienne
fait de l'exploration méthodique de l'inconscient, donc de la reconquête partielle de l'inconscient par la conscience, le moyen par excellence de la guérison de certaines affections psychiques, névroses*, troubles du comportement comme les phobies* qui entravent le patient. Il s'agit de le guérir, ce qui veut dire le rendre à nouveau capable de supporter la vie, de travailler et d'aimer. Cela passe par un
travail lent et patient, celui de la cure analytique. Celle-ci repose sur la méthode de la libre association, méthode élaborée par Freud entre 1892 et 1898 et qui a remplacé la
technique jugée aléatoire et peu efficace de l'hypnose*. Le patient doit laisser advenir sans discrimination toutes les
pensées qui lui viennent à l'esprit soit à partir d'un donné, soit spontanément. Freud décrit ainsi le projet de la psychanalyse: wo Es war, soll Ich werden: "où était le Ça [l'ensemble des pulsions refoulées et donc inconscientes], le Moi doit advenir".
Appliquée à la genèse de la personnalité psychique, la
théorie analytique a notamment permis de mettre en évidence le rôle de la sexualité dans le développement de la personnalité psychique. Freud distingue ainsi divers stades de l'évolution de la libido* désignés en fonction des différentes parties du
corps auquel l'enfant attache un intérêt particulier (stade oral, plaisir de la succion chez le nourrisson, stade sadique-anal et sadique-oral, stade phallique).
FREUD
-L'inconscient selon Freud
C'est en effet d'abord et avant tout son
expérience de médecin soignant des malades hystériques qui conduit Freud à forger l'hypothèse de l'inconscient, dont la
réalité s'impose à lui et constitue le postulat fondamental de la psychanalyse. À travers ses nombreux écrits, Freud s'attachera à définir avec toujours plus de rigueur le concept d'inconscient et à en décrire les mécanismes.
Dans une première élaboration ou première topique*, vers 1905, Freud présente l'appareil psychique comme constitué de trois étages: l'inconscient, le préconscient et le conscient (respectivement notés Ics, Pcs et Cs). Le préconscient est statique et se définit négativement comme ce qui n'est pas conscient, mais peut le devenir. Il forme avec le conscient le système "préconscient-conscient". L'inconscient, lui, est défini positivement et dynamiquement. Il obéit à des lois de fonctionnement qui lui sont propres, et il est séparé du système Pcs-Cs par une force ou résistance qui s'oppose à ce que son contenu devienne conscient. L'inconscient n'est donc pas, comme le préconscient, du conscient latent; il est séparé de la
conscience par la censure et est le résultat d'un refoulement*.
Dans une deuxième topique, et à partir de 1920. Freud, tout en maintenant la première différenciation du psychisme en conscient, préconscient, inconscient, présente le psychisme comme constitué de trois pôles ou instances: le ça*, le moi* et le surmoi*. Le ça est le pôle pulsionnel inconscient, gouverné par le principe de plaisir. Le moi cherche à satisfaire les pulsions du ça, tout en tenant compte du principe de réalité. Il est aussi, sans qu'il le sache, soumis aux exigences du surmoi, constitué par l'intériorisation inconsciente des interdits sociaux et parentaux. Le moi apparaît ainsi comme le médiateur des intérêts opposés du ça et du surmoi. Son autonomie est par conséquent toute relative.
Textes
« On nous conteste dans tous côtés le
droit d’admettre un psychisme
inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la
conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade. Il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes marqués par les rêves, ches l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre
expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de
pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la
conscience tout ce qui se passe en nous en
fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate.
Freud, Métapsychologie
« Vous dites toujours, déclare une spirituelle patiente, que le rêve est un
désir réalisé. Je vais vous raconter un rêve qui est tout le contraire d’un
désir réalisé. Comment accorderez-vous cela avec votre
théorie ? » Voici le rêve : je veux donner un dîner mais je n’ai pour toutes provisions qu’un peu de saumon fumé. Je voudrais aller faire des achats mais je me rappelle que c’est dimanche après-midi et que toutes les boutiques sont fermées. Je veux téléphoner à quelques fournisseurs mais le téléphone est détraqué. Je dois donc renoncer au
désir de donner un dîner. (…) Ce qui vient (d’abord à l’esprit (de la malade) n’a pu servir à interpréter le rêve. J’insiste. Au bout d’un moment, comme il convient lorsqu’on doit surmonter une résistance elle me dit qu’elle a rendu visite hier à une de ses amies ; elle en est fort jalouse parce que son mari en dit toujours beaucoup de bien. Fort heureusement l’amie est maigre et son mari aime les formes pleines. De quoi parlait donc cette personne maigre ? Naturellement de son
désir d’engraisser. Elle lui a aussi demandé : « Quand nous inviterez-vous à nouveau ? On mange si bien chez vous ».Le sens du rêve est clair maintenant. Je peux dire à ma malade : « C’est exactement comme si vous lui aviez répondu mentalement « Oui-da », je vais t’inviter pour que tu manges bien que tu engraisses et que tu plaises plus encore à mon mari ! J’aimerais mieux ne plus donner de dîner de ma vie. » (…) Le rêve accomplit ainsi votre vœu de ne point contribuer à rendre plus belle votre amie (…). Il ne manque plus qu’une concordance qui confirmerait la solution. On ne sait encore à quoi le saumon fumé répond dans le rêveꀀ: « D’où vient que vous évoquez dans le rêve le saumon fumé ? » « C’est, répond-elle, le plat de prédilection de mon amie. »
S. Freud, L’interprétation des rêves, P.U.F., pp. 112-114.
Exercez vos qualités de réflexion et d’argumentation en répondant aux questions suivantes :
Quel problème philosophique l’auteur de ce texte soulève-t-il et comment tente-t-il de le résoudre ?
• Jugez-vous son argumentation convaincante ?
« Un proverbe met en garde de servir deux maîtres à la fois. Le pauvre moi est dans une situation encore pire, il sert trois maîtres sévères, il s’efforce de concilier leurs revendications et leurs exigences. Ces revendications divergent toujours, paraissent souvent incompatibles, il n’est pas étonnant que le moi échoue si souvent dans sa tâche. (…) Quand on suit les efforts du moi pour les satisfaire tous en même temps, plus exactement pour leur obéir en même temps, on ne peut que regretter d’avoir personnifié ce moi, de l’avoir présenté comme un être particulier. Il se sent entravé de trois côtés, menacé par trois sortes de dangers auxquels il réagit, en cas de détresse, par un développement d’angoisse. (…)
Poussé par le ça, entravé par le surmoi, rejeté par la réalité, le moi lutte pour venir à bout de sa tâche économique, qui consiste à établir l’harmonie parmi les forces et les influences qui agissent en lui et sur lui, et nous comprenons pourquoi nous ne pouvons très souvent réprimer l’exclamation : « la
vie n’est pas facile ! » Lorsque le moi est contraint de reconnaître sa faiblesse, il éclate en angoisse, une angoisse réelle devant le monde extérieur, une angoisse de
conscience devant le surmoi, une angoisse névrotique devant la force des
passions logées dans le ça ».
S. Freud, Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse
CONSCIENCE La
conscience peut se définir comme la
connaissance qu'a l'homme de ses pensées, de ses sentiments, et de ses actes. On distingue généralement la
conscience immédiate ou spontanée, qui renvoie à la simple présence de l'homme à lui-même au moment où il pense, sent, agit, etc., et la
conscience seconde ou réfléchie, qui est la capacité de faire retour sur ses
pensées ou actions, et, du coup, de les analyser, voire de les juger. Dans tous les cas, la conscience, par cette possibilité qu'elle contient de faire retour sur elle-même, est toujours également
conscience de soi. Elle
fait de l'homme un sujet*, capable de penser le monde qui l'entoure. C'est en elle que prennent racine le
sentiment de l'existence* et la
pensée de la mort*. La
conscience est donc le propre de l'homme, et si elle
fait sa misère, elle constitue aussi sa grandeur: "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant", écrit Pascal* dans les _Pensées_. Depuis Descartes*, toute une tradition philosophique, que l'on peut, si l'on veut, appeler idéalisme*,
fait fond sur la conscience, comme source de
connaissance et de vérité. -Conscience et
connaissance Certes, avant Descartes, la
conscience n'est pas ignorée. De Socrate*, qui
fait sien l'oracle de Delphes "Connais-toi toi-même" à saint Augustin* qui, dans les _Confessions_, invité au retour sur soi, au redi in te pour atteindre la foi et la
vérité intérieure, la
conscience apparaît comme la condition nécessaire et préalable de toute recherche de sens* et de vérité*. Mais pour que la
conscience devienne vraiment un problème philosophique, il fallait qu'elle joue un rôle constitutif dans la connaissance. Or la naissance de la science moderne et mécanique, au XVII^e siècle, bouleverse profondément l'ancienne représentation d'un monde ordonné et finalisé, héritée à la fois de la
philosophie chrétienne et de l'aristotélisme. C'est dans ce contexte de crise que Descartes, dans les Méditations métaphysiques, entreprend de soumettre tout savoir -y compris le plus assuré- à l'épreuve du doute*. Et l'unique certitude qui résiste au doute est celle du Cogito ergo sum: "Je pense, donc je suis". À partir de là, la
conscience peut apparaître comme le fondement* et le modèle de toute connaissance. N'est-elle pas, selon Descartes, plus facile à connaître que le corps? C'est elle qui me
fait connaître non seulement que j'existe, mais encore qui je suis, c'est-à-dire, toujours selon Descartes, une "chose pensante", une "âme" séparée du corps. Poser ainsi la
conscience au fondement de la connaissance, c'est affirmer la transparence du
sujet à lui-même. Or une telle transparence peut être contestée. -Les
illusions de la
conscience Spinoza*, au livre III de l'_Éthique_, stigmatise la conscience, comme source d'illusions. Certes, nous sommes conscients de nos
désirs et de nos représentations. Mais la
conscience n'est ici qu'une
connaissance incomplète, inadéquate, qui nous laisse dans l'ignorance des causes qui les produisent. De sorte que, loin d'être
connaissance vraie, la
conscience est plutôt constitutivement productrice d'illusions* et notamment de l'illusion de la liberté*. La
philosophie contemporaine semble, elle aussi, refuser tout crédit à la
conscience comme moyen d'accès à la
connaissance de soi. Nietzsche*, dans la _Généalogie de la morale_, montre que la
conscience morale -la "voix" de la conscience- est en
réalité l'expression de
sentiments qui n'ont rien de moral. Marx*, dans l'_Idéologie allemande_, soutient que les sentiments, les idées des
hommes sont déterminés par leur position dans la société. Freud*, enfin, en posant l'existence d'un inconscient*, ruine plus radicalement encore l'idée, chère à la
philosophie classique, d'une transparence du
sujet à lui-même, telle que pouvait l'exprimer Descartes, par exemple: "Par le mot de penser, j'entends tout ce qui se
fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes", écrit-il dans ses _Principes de la philosophie_, récusant ainsi par avance l'idée, pour lui contradictoire, d'une
pensée inconsciente d'elle-même. Si la
conscience ne nous livre qu'une
connaissance partielle et donc erronée de nous-mêmes, on peut se demander si elle n'est pas finalement davantage un obstacle plutôt qu'un instrument pour la
connaissance de nous-mêmes. C'est en tout cas ce qu'affirme le béhaviorisme*, doctrine psychologique qui prétend
pouvoir rendre compte du comportement
humain comme réponse à des stimuli, ou excitants indépendants de toute conscience. Certes, si la
conscience est
pensée sur le modèle d'une "chose" -fût-elle une "chose pensante", à la manière de Descartes-, la psychologie*, comme science positive, a
beau jeu de montrer qu'elle est alors une simple hypothèse, inutile de surcroît. -La
conscience comme intentionnalité On peut se demander, cependant, si on a bien compris la nature de la conscience, lorsqu'on en
fait une chose. C'est ce que conteste, en tout cas, Husserl*, philosophe contemporain et fondateur de la phénoménologie*. Reprenant et approfondissant la réflexion sur la conscience, Husserl montre en effet, dans les _Méditations cartésiennes_ que, même en pratiquant ce qu'il appelle l'épochê", c'est-à-dire la suspension de tout jugement -et notamment de tout jugement d'existence- au
sujet du monde, la
conscience n'en continue pas moins à se rapporter au monde, qu'elle vise comme son objet. La conscience, par conséquent, n'est pas intériorité, ni "chose", mais extériorité, "rapport à...", intentionnalité*. Mais dire que la
conscience est intentionnalité*, c'est dire qu'il existe une distance irréductible entre le
sujet conscient et l'objet qu'il vise, même si cet objet est lui-même. Il n'y a donc, pas pour le sujet, de pure coïncidence de soi à soi. Pour Husserl, la
conscience n'est finalement rien d'autre que la temporalité elle-même. Tout entière hors d'elle-même, elle est "ek-stase", orientée vers le passé qu'elle retient, ou vers l'avenir qu'elle vise. Donc avant d'être l'instrument d'une connaissance, la
conscience est donatrice de sens, si le sens est ce par quoi un être s'oriente vers quelque chose, ailleurs et à venir. Or, à la question du sens, aucun savoir positif ne peut répondre, précisément parce que le sens n'est pas donné, mais à construire. C'est à cette tâche qu'un philosophe contemporain, phénoménologue et disciple de Husserl, Paul Ricoeur*, nous convie aujourd'hui. TEXTES CLÉS: R. Descartes, Méditations métaphysiques (1641); E. Husserl, Méditations cartésiennes (1931). TERMES VOISINS: âme; esprit; intériorité; pensée; sentiment; subjectivité. TERMES OPPOSÉS: corps; inconscience; inconscient; matière. BONNE CONSCIENCE Sentiment (pas forcément légitime) de n'avoir rien à se reprocher. MAUVAISE CONSCIENCE Trouble, remords*, que la
conscience éprouve à la suite du
sentiment d'avoir
mal agi. Chez Nietzsche*, la mauvaise
conscience est un signe de faiblesse, hérité de la "morale* négative", laquelle inspire un
sentiment de culpabilité qui empoisonne à tort les forces affirmatives de la
vie -en vertu du principe selon lequel la
morale des esclaves ne triomphe des maîtres qu'en neutralisant leur force. COMMUNICATION DES CONSCIENCES Relation immédiate et intuitive des consciences entre elles. S'opposant à la tradition cartésienne, le philosophe Max Scheler* a montré que la
connaissance d'autrui ne procédait pas, à l'origine, d'un raisonnement analogique. La compréhension*, la sympathie constituent des relations directes avec
autrui qui, bien que précédant le stade du langage* et de l'intelligence conceptuelle, nous donnent cependant un accès authentique au vécu de l'autre (cf. Max Scheler). Merleau-Ponty* et Sartre* confirmeront ces analyses dans le cadre de la
philosophie phénoménologique. CORRÉLATS: âme; cogito; donation; empathie; existence; inconscient; intentionnalité; sujet; temporalité. PROBLEME :
4 Ce
sujet consiste en une alternative. Comment faut-il concevoir le phé¬nomène de la
conscience ? On peut y voir une disposition spontanée, une donnée de notre condition naturelle. Il ne semble pas en effet que nous avions à produire notre état de
conscience ; c'est une fonction qui, comme la respiration, s'exerce en nous involontairement. On peut tou¬tefois voir aussi dans la
conscience un phénomène ne résultant pas tant de la nature que de l'histoire sociale du sujet. Ce dont un individu prend
conscience n'est pas indépendant en effet de ce qu'il a déjà vécu, de son degré d'instruction, du système culturel auquel il appartient. L'al¬ternative du
sujet pouvait donc se reformuler ainsi : la
conscience est-elle un
fait de nature ou bien un effet de
culture ?
4 L'orientation problématique de la question n'est donc pas difficile à dégager. Son traitement devra inévitablement tenir compte de l'ambi¬guïté de la notion de
conscience qui peut autant signifier la relation psychologique au monde ou à soi-même (« avoir
conscience », « perdre
conscience »...) que le rapport aux valeurs, l'instance
morale (« bonne/ mauvaise
conscience », « agir en
conscience ».... Comme l'indique l'éty¬mologie latine, être conscient, c'est être « avec savoir » (cum scire), racine qui peut s'entendre de deux manières : être conscient, c'est ne pas seulement percevoir mais savoir que l'on perçoit (conscience psychologique ou aperceptive) ou bien ne pas seulement être mais savoir
Introduction
Sommes-nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients ?
Les clés du sujet
PRÉSENTATION DU SUJET ET ANALYSE DE SES ENJEUX
4 Ce
sujet consiste en une alternative. Comment faut-il concevoir le phé¬nomène de la
conscience ? On peut y voir une disposition spontanée, une donnée de notre condition naturelle. Il ne semble pas en effet que nous avions à produire notre état de
conscience ; c'est une fonction qui, comme la respiration, s'exerce en nous involontairement. On peut tou¬tefois voir aussi dans la
conscience un phénomène ne résultant pas tant de la nature que de l'histoire sociale du sujet. Ce dont un individu prend
conscience n'est pas indépendant en effet de ce qu'il a déjà vécu, de son degré d'instruction, du système culturel auquel il appartient. L'al¬ternative du
sujet pouvait donc se reformuler ainsi : la
conscience est-elle un
fait de nature ou bien un effet de
culture ?
4 L'orientation problématique de la question n'est donc pas difficile à dégager. Son traitement devra inévitablement tenir compte de l'ambi¬guïté de la notion de
conscience qui peut autant signifier la relation psychologique au monde ou à soi-même (« avoir
conscience », « perdre
conscience »...) que le rapport aux valeurs, l'instance
morale (« bonne/ mauvaise
conscience », « agir en
conscience ».... Comme l'indique l'éty¬mologie latine, être conscient, c'est être « avec savoir » (cum scire), racine qui peut s'entendre de deux manières : être conscient, c'est ne pas seulement percevoir mais savoir que l'on perçoit (conscience psychologique ou aperceptive) ou bien ne pas seulement être mais savoir
• La
conscience comme condition naturelle
A - La conscience, fonction sensorielle ?
B - La conscience, fonction intellectuelle ?
C - La conscience, trouble fonctionnel ?
m La
conscience comme effet culturel A - Le rôle du
langage dans la conscience
B - Le monde est construit
C - Le
travail de la prise de conscience
• Le
devoir de prendre conscience
A - Le problème de l'origine de la
conscience morale
B - L'unité de la conscience
C - La
conscience comme acte critique
Conclusion
Orientations bibliographiques
POUR APPROFONDIR LA LECTURE DU CORRIGÉ
— Bergson, La Conscience et la Vie. (1-A)
— Descartes, Méditations métaphysiques, méditations I et II. (1-B)
— Nietzsche, Généalogie de la morale, dissertations I et II. (i-c)
— Nietzsche, Par-delà le bien et le mal.
— Kant, Critique de la
raison pure, préface de la seconde édition. (2-13)
— Freud, Malaise dans la culture, chapitres vil et VIII.
— Épictète, Manuel. (3-B)
— Platon, Apologie de Socrate.
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Citations sur sommes nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients? :
En vérité, nous sommes obligés de dire d'une bonne partie de ces états latents qu'ils ne se distinguent des états conscients qu'en ce que précisément la conscience leur fait défaut. Nous n'hésiterons donc pas à les traiter comme des objets de la recherche psychologique, et à les mettre en rapport très étroits avec les actes psychiques conscients. -
Freud
Nous sommes responsables de ce que nous sommes et nous avons le pouvoir de faire nous-mêmes tout ce que nous désirons être. -
Swami Vivekanananda
Ainsi le sublime n'est contenu en aucune chose de la nature, mais seulement en notre esprit, dans la mesure où nous pouvons devenir conscients d'être supérieurs à la nature en nous, et, ce faisant, à la nature en dehors de nous... -
Kant
Nous avons tous si peur, nous sommes tous si seuls, nous avons tant besoin que nous vienne du dehors l'assurance de notre dignité d'être. -
Ford Madox Ford
Il suffit que notre conscience nous témoigne que nous n'avons jamais manqué de résolution et de vertu, pour exécuter toutes les choses que nous avons jugé être les meilleures, et ainsi la vertu seule est suffisante pour nous rendre contents en cette vie. -
Descartes