le temps n'est rien s'il ne se passe rien

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Un début de problématisation ...

    Le temps n’est rien s’il ne se passe rien.
Problème : Le temps est-il une réalité inscrite dans les choses indépendamment de notre conscience ou bien le temps n’a-t-il d’autre réalité que celle de notre désir ?
Dans le traité des Passions de l'âme'. Descartes écrit que le désir ne se distingue pas de l'amour par son objet, car les deux passions ont rapport à un bien, ou du moins à quelque chose appréhendée comme telle. Si le premier diffère du second, c'est qu'il s'y introduit, dans le rapport à son objet, une référence aur4, temps. Aimer, c'est reconnaître en l'éprouvant, à tort ou à raison, la bonté de quelque chose. Désirer, c'est viser un bien aimé qui n'est pas présent mais à venir. Thomas d'Aquin déjà spécifiait les deux passions en disant que l'amour a pour objet le bien comme tel, et le désir un bien virtuel.

Texte de référence :
« En aucun temps vous n'êtes resté sans rien faire, car vous aviez fait le temps lui-même. Et nul temps ne vous est coétemel parce que vous demeurez immuablement ; si le temps demeurait ainsi, il ne serait pas le temps. Qu'est-ce en effet que le temps ? Qui serait capable de l'expliquer facilement et brièvement ? Qui peut le concevoir, même en pensée, assez nettement pour exprimer par des mots l'idée qu'il s'en fait ? Est-ii cependant notion plus familière et plus connue dont nous usons en parlant ? Quand nous en parlons, nous comprenons sans doute ce que nous disons ; nous comprenons aussi, si nous entendons un autre en parler.
Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si on me le demande et que je Veuille l'expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n'y aurait pas de temps passé ; que si rien n'arrivait, il n'y aurait pas de temps à venir ; que si rien n'était, il n'y aurait pas de temps présent.
Comment donc, ces deux temps, le passé et l'avenir, sont-ils, puisque le passé n'est plus et que l'avenir n'est pas encore ? Quand au présente s'il était toujours présent, s'il n'allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l'éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons nous déclarer qu'il est aussi, lui qui ne peut être qu'en cessant d'être ? Si bien que ce qui nous autorise affirmer que si le temps est, c'est qu'il tend à n'être plus. »
Saint Augustin, Confessions, L. XI, chap. XIV, trad. J. Trabucco, Garnier-Flammarion, 1964.
Situation du texte : la méditation sur le temps du livre XI des Confessions s'inscrit dans une interrogation sur les rapports de Dieu au monde créé, de l'éternité et du temporel. D'un côté un Dieu hors du temps ; de l'autre, la création du monde et le Verbe qui jettent dans le temps l'action de Dieu posent problème à Augustin. Mais d'autre part, Augustin répond aussi aux arguments sceptiques sur la non-existence du temps.
Analyse du texte :
• ler moment : le problème théologique de la création du temps. A partir de la thèse : « le temps a été créé par Dieu », Augustin part du problème théologique : que faisait Dieu avant la création du temps ? Cette question, répond à une difficulté qui mettrait Dieu dans la non-activité, voire dans l'impuissance de créer. Augustin répond : la question n'a pas de sens car le terme « avant » présuppose la temporalité, or l'éternité l'exclue (« Aucun temps ne vous est coéternel »).
• 2e moment : le paradoxe épistémologique du temps.
Augustin commence en signalant que nous comprenons ce que nous disons quand nous parlons du temps. Cette compréhension, présente dans le dialogue (« Quand nous en parlons... Quand nous entendons un autre »), servira de référence à la recherche. Il y a là une attitude de confiance en la validité ontologique du langage naturel. Cette précaution vise à indiquer les premiers termes du paradoxe épistémologique : l'expérience du temps nous est familière (« connue ») et pourtant sa connaissance intellectuelle est problématique (« qui pourrait l'expliquer »).
• 3e moment : le paradoxe ontologique du temps. Le paradoxe épistémologique repose sur un paradoxe ontologique : puisque le temps est, ses trois parties, le passé, le présente et le futur, doivent être. Or, le passé et le futur ne sont plus et pas encore et le présent est en mouvement pour devenir du passé. Donc le temps apparaît comme « tendant » vers le non-être.
Conclusion : ce paradoxe final rejoint les interrogations platoniciennes sur l'être : ce qui est par excellence, ce sont les essences des choses, non leur participation matérielle et durable dans la matière qui contient de l'être et du non-être, du même et de l'autre (Phédon). Ces paradoxes introduisent à la solution augustinienne du temps comme « distension de l'âme ». Toutefois, dans la perspective chrétienne, le changement apparaîtra comme une imperfection ontologique des créatures : « Je me suis éparpillé dans les temps dont j'ignore l'ordonnance » dit Saint Paul (Philippiens 3). Instabilité, fragmentation et inquiétude appartiennent à la temporalité de la créature qui doit, par la foi et la concentration de la prière, participer à l'éternité.

PLAN
I. La temporalité comme projection
A. Analyse augustinienne de la temporalité
B. Le souci : de Pascal à Heidegger
C. La temporalisation humaine de l'étant
Il. Critique de l'anthropocentrisme
A. Le temps hors de l'homme
B. L'épreuve du temps
C. Temps et mouvement
III. Le désir d'éternité
A. Le temps et l'âme
B. Mouvement et désir
C. La transcendance
Conclusion : La temporalité est la forme, éventuellement consciente, de la finitude d'un être qui est essentiellement désir d'infini.

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